Dimanche 21 septembre 2008
Le terrain est immense. Les carrières, dorées par le soleil, s'étalent à perte de vue. Comme un désert sans fin.
Elliot est au fond. Il hurle. Personne ne l'entend. Pourtant les ouvriers sont là, devant lui, avec leurs grosses pelleteuses. Ils creusent. Ils creusent des trous, de plus en plus grands. Leurs machines ont des allures de mantes religieuses en colère. Elliot essaie de les prévenir. Il est là, en dessous. Il crie.

" Aidez-moi ! "

Mais en vain. Chaque nouveau trou creusé le fait s'enfoncer davantage. Comme des sables mouvants. La terre l'avale tout entier et l'engloutit pour l'emmener en son centre. Elle l'aspire. Il a beau essayé de s'accrocher aux parois avec son couteau, rien n'y fait. Il hurle encore. Il entend une réaction. Du fin fond de son trou il croit apercevoir la cabine d'une pelleteuse.

"- Non !

C'est une tête de Dinosaure !

Elle est monstrueuse, disproportionnée, comparée à ces montagnes de sable dont elle se détache avec une force quasi magnétique. les gros yeux globuleux s'approchent de lui. Le voilà revenu 60 millions d'années en arrière lorsque les grands mammifères marins, ancêtres des éléphants de mer, nageaient librement dans les eaux qui recouvraient la région parisienne. 
L'animal le regarde, l'observe. Ses pupilles, grosses et maladroites, ressemblent à deux supers calots. Elle scrutent ce petit homme d'un air suspicieux et interrogateur. Elles sont tellement proches des propres yeux d'Elliot que celui-ci sent le souffle de l'animal sur ses joues et dans ses cheveux. Elliot retient sa respiration. Il ne doit pas lâcher la paroi. L'animal ouvre son énorme gueule. Elliot crie, pris de panique.
L'infernale bestiole lui fait un grand sourire de toutes ses dents grises.
Elliot, tétanisé, esquisse un sourire... forcé. Ses muscles se fatiguent, il sent qu'il va tout lâcher. Fermer les yeux et se laisser aller, ce serait si facile.
Les naseaux de l'animal soufflent de l'air chaud dans ses cheveux. Un vrai séchoir !
Elliot avale sa salive, sent une goutte de sueur perler sur son front. Il est fatigué. Va t-il finir dans l'estomac d'un tel animal ? La perspective ne l'enchante guère.
1, 2, 3... Il va lâcher... Il ferme les yeux. Le couteau est bel et bien planté maintenant. Il rouvre les yeux, toujours suspendu dans le vide. Ses mains sont collées au couteau. Il crie encore, cette fois de désespoir.

La grosse tête bascule, à droite, à gauche. Le monstre se recule. Elliot est maintenant submergé par son ombre immense. Sa queue, large et longue, plane un instant au-dessus de son crâne, comme une liane. Elle passe en sifflant, lui rasant la tête. Elliot a tout juste le temps de se baisser pour ne pas se faire emporter comme une brindille. Son coeur bat à 10 000 à l'heure.

La mer ! Il entend le bruit de la mer. Elle arrive, elle approche. Elle va tout emporter sur son passage. Il parvient à s'accrocher grâce à son couteau et à sa petite cuillère. Il remonte progressivement les larges parois et se trouve très vite en dessous de la voûte que forme au-dessus de lui le ventre de l'animal. C'est à ce moment qu'il aperçoit les pelleteuses. Elles foncent sur la bête. 
Par Lili Merveilles - Publié dans : Les Aventures d'Elliot et Schinzi - Roman 11/13
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