De : melan95@folday.fr
A : contact@clubbraiselacolombes.fr
Objet : Open de France Poney
Ce message s’adresse à Louis, l’un de vos cavaliers présent à Lamotte Beuvron l'année dernière et âgé de 13 ans à peu près.
Je suis une cavalière des Sabots de Feu et notre tente n’était pas loin de la vôtre, même si moi j’y dormais pas à cause de mes parents.
Un soir, on a fait une fête et Louis et ses copains, nous ont rejoint pour chanter et raconter des histoires drôles J
J’ai retrouvé des lunettes et…
« - Mais c’est nul ça, puisqu’il portait pas de lunettes et que je le sais bien. Ca sent trop l’excuse !
- Alors qu’est-ce que t’aurais bien pu retrouver ?
- Je sais pas mais j’ai pas envie de passer pour une nunuche !
- Je sais !
- Quoi ?
- Une médaille !
- … Ah ouai… C’est pas bête ça ! Vas-y !
- D’or, d’argent ou de bronze ?
- On lui donne l’or !
- Ok
une médaille d’or sur le sol après son départ. Au début, j’ai pensé que c’était à quelqu’un de mon club, mais après avoir fait le tour, ce n’est pas à nous. Si jamais vous avez l’email de Louis pour que je lui explique comment je l’ai retrouvée. C’est peut-être à lui… Je sais qu’il était très fort et qu’il a gagné plein de championnats et…
« - Arrête un peu !
- Quoi ?
- T’en fais beaucoup trop. Dis juste que c’est un de leurs bons élèves, c’est tout.
- T’as qu’à l’écrire toi. Après tout c’est ton prince charmant, pas le mien.
- Justement. T’écris mieux. »
Je sais qu’il fait parti de vos meilleurs cavaliers alors on ne sait jamais.
Merci monsieur, madame.
Mél Biogeat
« - Ca va là ?
- Oui
- Je fais « envoyer » ?
- Attends deux secondes… Ok, vas-y ! »
Mél venait de juger bon d’envoyer ce message en croisant les doigts. Elle est un peu superstitieuse. Moi je trouve ça débile. Elle lit tous les horoscopes de tous les journaux et le moindre signe est interprété. Moi c’est tout l’inverse ! Je ne crois pas du tout à ça. Ma mère me dit de mettre de l’eau dans mon vin à ce sujet car beaucoup de filles aiment bien ça et peut-être est-ce intéressant aussi de savoir pourquoi. Bof… Je m’en fiche.
« - A mon tour maintenant !
- A ton tour quoi ?
- On s’occupe de mon problème maintenant. Je dois trouver un poney à ma mesure et je vais passer chez Léo. Tu viens avec moi ?
- Je ne peux pas.
- Ah… Pourquoi ?
- Y’a mon parrain qui vient manger ce soir et il arrive tôt pour me voir.
- Même dix minutes ?
- Ma mère voudra pas, c’est sûr… Tu m’en veux ?
- Non mais…
- Quoi ?
- J’aurais bien eu besoin de ton aide car je ne les connais pas tous.
- Tu veux que je te note mes préférés ? Après c’est toi qui vois…
- Ok. »
Munie de ma liste avec quatre noms dans l’ordre de préférence, je pars le cœur un peu lourd vers les Sabots de Feu. Elle a toujours un truc à faire Mél. Il y a toujours un événement plus important qui l’empêche de passer du temps avec moi. Sa vie est organisée comme du papier à musique. Jamais d’improvisation. A force, ça m’énerverait. J’espère que je vais pas devoir finir comme ça si je veux être dans les meilleures cavalières de mon club.
« - Salut. »
Je sursaute. Qui ose venir me déranger dans mes pensées ? Je tourne la tête sur le côté gauche. C’est de là qu’est venu le dérangement. Je ne reconnais pas cette tête en plus ! Un garçon ! Non mais il se prend pour qui celui là ?
« - Je te dérange ?
- J’ai pas trop le temps de parler là.
- Ah, tu vas au Sabots de feu ?
- … »
Comment il peut savoir ça lui ? Je l’ai jamais vu.
- T’inquiète, je suis le fils de Léo ! Et j’ai vu ta tête sur le trombinoscope dans le bureau à l’accueil.
- T’es le fils de Léo ?… Benjamin, c’est ça ?
- Ouai, enfin je préfère qu’on dise Ben… Elle t’a déjà parlé de moi ?
- Bien sûr qu’elle parle de toi. A ton tour d’être bluffée hein ?
- Je vis avec mon père en Bretagne.
- Oui, je sais.
- Ah… Bon… Tu vas aux Sabots alors ? C’est quoi ton prénom ?
- Anya. Oui j’y vais. Je vais repérer les poneys. Il faut que je trouve celui qui va m’emmener à l’Open de France Poney cet été. Tu les connais bien les protégés de ta mère ?
- Ouai pas mal.
- Mais qu’est-ce que tu fais ici ? C’est pas les vacances ?
- Si, en Bretagne c’est déjà les vacances. En plus, je suis dans un collège expérimental avec des horaires différents des tiens.
- Ah ?
- Oui, ils essaient de nous faire le programme sur les matinées et l’après midi, c’est sport, visite de villes, de musées, lecture, théâtre, pratique de l’anglais… Ces derniers temps leur grand truc, c’est le chinois. Remarque c’est pas idiot. Il paraît que ce genre de programme développe la culture générale et la curiosité.
- T’es un surdoué ?
- Hein ?
- Ben oui, un surdoué. Ce sont ceux qu’on met dans des classes spéciales parce qu’ils sont trop forts. »
Il éclate de rire.
« - Ah non ! Moi, ce serait plutôt l’inverse. Je suis un surdoué en glandouillage te dirait ma mère. Leur seul moyen de faire de moi un élève correcte c’est de me mettre dans une école où c’est différent. Je suis un hyper actif incapable de me concentrer plus de dix minutes sur quelque chose. Du coup, faut que ça bouge, que ça change, que je prenne l’air… Et pour ça, cette école c’est ce qu’ils ont trouvé de mieux.
- Tu crois que ça vient d’où ta maladie ?
- C’est pas une maladie !
- Ah pardon…
- … »
Il sent qu’il a été un peu dur alors il me sourit. Il est plutôt sympa Ben. Il a un beau regard vert aussi. La grille des Sabots de Feu n’est plus qu’à quelques mètres.
« - Léo va être surprise de nous voir arriver ensemble.
- Elle va être surprise de me voir tout court.
- Pourquoi ? Elle sait pas que t’es là ?
- Non mon père m’a déposé chez ma grand mère y’a une heure. Je n’ai pas encore vu ma mère.
- Comment t’as fait pour la photo du trombinoscope alors ? »
Il devient rouge comme une tomate. Et du coup, moi aussi. C’est gênant.
« - Euh, je l’avais vue la dernière fois que je suis venu.
- Et tu t’en souvenais ?
- …
- Pour quelqu’un qui sait pas se concentrer, t’as une sacrée mémoire. »
On n’arrive plus à se dire un seul mot. C’est la première fois que je me retrouve devant un garçon qui a l’air de me trouver jolie. Je me sens toute bizarre. Heureusement Léo nous a vus à travers les vitres de son bureau et elle sort à la rencontre de son fils. Il lui manque beaucoup durant l’année. Mais vu que c’est elle qui a voulu divorcer pour un autre amour qui n’a pas duré, le père de Ben a tenu à ce qu’il reste chez eux en Bretagne où ils avaient leur maison. Quand Léo a divorcé, elle est revenue où habite sa mère, ici, dans le Berry et elle a ouvert les Sabots de Feu. Ca doit pas toujours être très facile pour Ben, ni pour Léo d’ailleurs.
« - Tu as fait la connaissance d’Anya ? Salut Anya. Tu reviens bien vite. Ce n’est pas lundi prochain ton cours ?
- Si, mais il va falloir qu’on change les choses Léo.
- Ah, et pourquoi madame je vous prie ?
- Parce que mes parents veulent que je m’entraîne à devenir votre meilleure cavalière pour partir à L’Open de France Poney en juillet.
- A la bonne heure ! »
Ben vient en renfort, sans que je ne lui demande rien.
« - Elle a besoin de ton meilleur poney maman ! Si je lui présentais Acrobate ?
- C’est pas la peine Ben. » Je sors la liste de Mél. « Il faut que j’aille voir Clarinette, Belle, Albator et Voleur, c’est ceux qu’on m’a recommandés. Acrobate n’est pas dessus. »
Je ne sais pas ce que je viens de dire de mal, mais Ben se retourne vers moi brutalement. Ses yeux brillent comme s’il allait pleurer et il part soudainement je ne sais où, aux pas de course.
« - J’ai dit une bêtise ? »
Léo me regarde, avec un petit sourire complice.
« - Je crois que tu plaîs à mon Ben. Acrobate n’est pas un poney comme les autres ici. Personne ne le monte, sauf Esteban ou moi pour le dérouiller, je ne sais pas si tu l’as remarqué. Acrobate est le chouchou de Ben depuis qu’il a 7 ans. Je crois que tu l’as vexé.
- C’est le sien ?
- Non. Il appartient à un propriétaire breton qui ne vient jamais, mais Ben et lui, ça a tout de suite été une histoire d’amour. Du coup, c’est un peu comme le sien.
- Je savais pas…
- Tu pouvais pas savoir… Je lui parlerai, t’en fais pas.
- Je peux aller le voir ?
- Il est à trois boxes de Feu Follet sur la gauche. Il est tout blanc, costaud et a l’œil alerte. Je vais essayer de récupérer Ben. Je crois savoir où il est.
- Où ça ?
- Dans sa cabane. »
Elle me montre un arbre géant, et tout là haut je distingue une petite cabane en bois. Je ne l’avais jamais remarquée.
« - C’est lui qui l’a construite. Quand il a envie d’être seul c’est là haut qu’il monte. »
Je ne sais pas quoi dire. Je me sens un peu bête d’avoir provoqué cette bouderie. Moi aussi ça m’aurait vexée si j’avais été lui. Et puis ça me gêne aussi vis à vis de Léo qui est si gentille avec moi depuis que je suis arrivée aux Sabots de Feu.
« - Vas y Anya. File voir Acrobate. Je m’occupe de Ben. »
Mon cœur bat bizarrement fort. Est-ce parce que je me sens mal à l’aise de cette situation ? Parce que je vais peut-être rencontrer celui avec lequel je vais remporter toutes mes médailles ? Parce que Ben provoque en moi des sensations que je ne connaissais pas ? Je crois que c’est tout ça en même temps. Si Mél avait été là ça n’aurait pas été pareil. C’est bien qu’elle ne soit pas venue. Mais j’ai hâte de tout lui raconter par mail.