Mercredi 31 décembre 2008

Quand je suis arrivée devant son boxe, il a hénni comme hier. Quelque chose qui se passe entre Acrobate et moi. Pourvu que ce soit vrai en reprise. Je suis venue plus tôt pour passer du temps à le préparer et pour remercier Ben de me le prêter. Mais je ne le vois pas. J’ai beau le chercher depuis une demi heure, il n’est apparu nulle part. Léo me ramène la selle de mon nouveau chouchou.

 

« - Merci Léo mais j’aurais pu venir la chercher.

-       Profites en, ce sera pas tous les jours. De toutes façons, je dois te montrer comment le seller. Monsieur a ses petites manies. Il est un peu gros alors en attendant que tu le remuscles en vue des concours et de Lamotte, il faut y aller doucement et passer la sangle par ici. Tu vois là ? Y’a une petite tâche brune, ça me sert de point de repère. Au delà, monsieur se sent balloné et pas bien du tout et il te fait tourner en bourrique tout le long de la reprise. C’est pas ce que tu veux avec lui, n’est-ce pas ?

-       Non, pas de temps à perdre.

-       A ce sujet, je t’ai inscrite à Château Miel. Samedi de la semaine prochaine. Tu dois être ici à 8 heures du matin. Il y a une heure de chemin mais vous préparez vos poneys vous même et Esteban vous emmène tous avec le camion. Le concours démarre à 11 heures. Tu penses avoir tout ton matériel d’ici là ?

-      

-       T’inquiète, s’il faut je te prête des affaires à Ben. Il ne monte plus en concours et il a gardé tous les apparats d’Acrobate.

-       J’aurais voulu lui dire merci mais je ne le vois pas.

-       Un vrai courant d’air mon fils. T’inquiète, il va revenir vers toi. »

 

A ces mots je suis redevenue toute rouge.

 

« - Quand tu lui tires les rennes, fais bien attention de ne pas être violente. Il est extrêmement sensible de la bouche. Et surveille bien ses oreilles, ce poney est du genre expressif. Il ne triche jamais et montre toujours ce qu’il pense. Fais pas cette tête, c’est moi qui m’occupe de la reprise le jeudi soir, ça va bien se passer. D’ailleurs tu n’as pas vu Mél ? C’est pas son style d’être en retard. »

 

C’est vrai que Mél n’est pas arrivée encore, alors que le cours commence dans dix minutes. Elle qui traîne toujours aux écuries une heure avant. Soudain mon cœur s’arrête. Quand on parle du loup… De mon boxe je vois l’allée. Je la vois arriver au loin, à la grille. C’est vrai que je ne l’ai pas attendue comme d’habitude. J’étais trop pressée de retrouver celui avec lequel j’avais pris rendez-vous ce soir. Elle rigole et son voisin rit avec elle. Elle est avec Ben ! On dirait qu’ils se connaissent depuis toujours. Elle le pousse, elle se met à courir en direction de l’écurie et lui aussi. Ils sont tous rouges tous les deux quand ils arrivent à ma hauteur. Elle est super belle d’un coup. Et lui, a un sourire éclatant. Je suis encore trop jalouse pour me rendre compte que c’est à moi qu’il sourit et je ne peux pas m’empêcher d’être à nouveau désagréable.

 

« - Salut Anya ! » Font-ils en cœur.

 

Je vois rouge d’un seul coup et Acrobate le sent. Il frappe de son sabot droit sur le sol. Il est aussi énervé que moi.

 

« - Il était temps que t’arrive Mél, le cours va commencer. »

 

Je n’arrive pas à le regarder droit dans les yeux et à lui dire « merci ». Je devrais mais je n’y arrive pas. Il reste là, à côté du boxe. Il me regarde finir de préparer Acrobate. Je n’ouvre pas la bouche. Au bout de quelques minutes interminables, tandis que Mél est dans le boxe de Nestor, j’entends Ben tourner les talons et s’en aller. L’espace d’un instant j’ai envie de lui courir après et de lui faire un grand sourire. Impossible. Je le revois en train de rigoler avec Mél et ça me crève le cœur. Faut toujours qu’elle soit partout celle là. Dire que je l’aide à retrouver son Louis. Pendant la reprise je ne lui adresse pas la parole. A chaque fois qu’elle me donne un conseil, comme elle sait si bien le faire, je ne lui réponds pas. Au bout d’un moment elle arrête. Avec Acrobate, c’est l’osmose. Il est en effet super sensible mais sa respiration est la mienne. Il me sent et moi aussi. Avec lui, je ne me déguise pas. Je crois que c’est ce qu’il apprécie. Si seulement on pouvait n’être que tous les deux sur cette carrière. Ben est revenu. Il nous observe, les bras et la tête posés sur la barrière, tandis que Léo continue son cours. Je sais qu’il me regarde monter son poney. Acrobate sent son œil sur nous. Il faut que j’arrête de penser à lui et que je me concentre. Samedi et le concours de Château Miel ne sont plus très loin. Soudain, j’entends sa voix qui me crie :

 

« - Il t’aime bien Anya ! Vous allez faire des miracles ensemble. »

 

Léo sourit. Moi aussi. Ma gorge se noue. Il est tellement gentil avec moi. Je prends sur moi et redresse la tête dans sa direction.

 

« - Merci Ben ! C’est grâce à toi. »

 

Mél me regarde et lève les yeux au ciel. « N’importe quoi ! ». Je crois que j’ai compris pourquoi elle était si violente tout à l’heure avec Acrobate. Ce n’est pas un tocard. En fait, Mél est jalouse que Ben puisse s’intéresser à moi. Pourvu que Louis lui envoie un email. Qu’elle me laisse tranquille. C’est dingue ces filles qui veulent que tous les garçons sans exception soient amoureux d’elle.

La leçon est terminée. Acrobate saute comme un dieu. Il est lourd mais à nous deux on ne fait qu’un. Il va se remuscler avec le temps et devenir le plus beau des poneys. Il est trempé. Quand je lui enlève la selle, son poil est tout sale en dessous. A la douche m’sieur !

Mél s’approche de moi tandis que je passe le tuyau sous le ventre de mon nouvel amour qui semble apprécier qu’on le chouchoute.

 

« - Qu’est-ce que t’as ce soir Anya ? T’es bizarre.

-       Rien…

-       Arrête.

-       J’aimerais juste que tu arrêtes de traiter mon partenaire de tocard, c’est tout.

-       C’est tout ?

-       Ouai.

-       Ok alors. Je ne dirai plus un mot sur ton poney. Mais j’ai du mal à croire que ce soit la seule raison. J’ai l’impression que t’es vraiment en colère contre moi.

-       Mais non… »

 

Je ne vais quand même pas lui dire qu’il ne faut plus quelle s’avise d’arriver, tout sourire, en compagnie de Ben.

 

« - Alors miss Acrobate ! Je crois que tu as trouvé celui qui te mènera à la victoire. C’est pas du tout cuit mais vous faites la paire, c’est déjà pas mal. Hein bel Acrobate.” 

Léo  a l’air contente de notre travail de ce soir. Elle caresse son protégé et part en direction de la maison.

 

« - Allez bonsoir les filles ! A Samedi pour un nouvel entraînement. Ce sera Esteban cette semaine. Tu viens Ben ?

-       J’arrive maman. »

 

En passant, il s’arrête à ma hauteur, très près d’Acrobate et de moi. Je sens le regard pesant de Mél sur nous.

 

« - Je sentais qu’entre tous les deux il se passerait quelque chose de fort. Je suis vraiment content que tu t’occupes de lui Anya. Comme ça, quand je ne serais pas là, je saurai qu’il est avec toi. Je penserai à vous deux de toutes mes forces pour que vous gagniez partout. 

-       Merci Ben. C’est gentil. Merci de me le prêter. Je sais que tu tiens beaucoup à lui.

-       Justement.

-       … »

 

Je ne sais vraiment plus quoi dire. Est-ce qu’il est toujours comme ça avec tout le monde ? J’ai quand même l’impression qu’il se passe quelque chose avec moi. Et qu’est-ce que j’ai à devenir rouge comme une tomate ? Heureusement il a déjà rejoint sa mère et nous fait signe de la main à Mél et à moi. L’espace d’un instant j’avais oublié Mél. Sur le chemin qui nous ramène à la grille, aucune d’entre nous ne parle. J’espère que Louis aura bien eu mon message.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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