Samedi 17 janvier 2009



« Le dossard 15, Anya Sivret, va entrer en piste. Attendez la cloche. C’est à vous Anya !».

 

Soudain tout se brouille dans ma tête. J’ai le cœur qui palpite si fort que mes yeux sont voilés par la peur, je ne vois plus rien, les larmes se mettent à couler. Acrobate doit le sentir. Il me porte et m’enlève. Tant pis, je lui fais confiance. Il part et ne s’arrêtera qu’une fois le parcours accompli. Il a touché et fait une barre. Pour le reste il a été impeccable. Il a senti que je lui laissais les rennes, c’est le cas de le dire. Je vois mes parents derrière les barrières, à la sortie de la carrière. Ma mère fait un grand sourire. Ils applaudissent.

Esteban et Léo viennent vers moi.

 

« - Ca ne peut pas être parfait à tous les coups. Mais pour une première tous les deux c’est fort. Vous allez finir 5ème ou 6ème du jour. C’est bien. »

 

Léo a l’air heureuse mais moi j’aurais voulu leur montrer qu’on pouvait monter sur le podium direct. Maman me dit toujours que je ne me laisse jamais assez de temps. Je veux tout tout de suite.

 

« - C’est avec le temps et l’opiniâtreté que l’on acquiert les choses ma chérie. Demande aux astronautes, aux écrivains, à Spielberg, aux prix Nobel… Même Aragorn dans le Seigneur des Anneaux a dû attendre la quarantaine avant d’être consacré comme un grand acteur. Investis toi dans chaque instant, c’est ce qui compte. »

 

Je vois dans les larmes de maman qu’elle est fière de moi. Papa ne pleure pas lui, mais il gonfle ses épaules quand il est content. Pour une fois qu’il n’est pas à l’autre bout du monde.

 

Il manque une personne. Léo qui m’observe semble lire dans mes pensées.

 

« - J’étais au téléphone avec Ben quand tu es passée. Je lui ai décrit votre parcours. Il était fier. Il a demandé à ce que tu caresses bien Acrobate de sa part. Il lui a parlé de toi avant de partir. »

 

Je deviens rouge pivoine. Ma mère, qui est à quelques mètres, me regarde d’un air interrogateur. Je fais comme si je ne l’avais pas vue entendre. Elle n’insiste pas. Ouf ! Cache-moi Acro… Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas être tranquille avec ses rêves ? Qu’est-ce qu’il t’a glissé au creux de l’oreille ?

 

 Acrobate hennit un grand coup. Y’a vraiment des moments où j’ai l’impression qu’il veut me parler.

 

« Allez vient au van. C’est l’heure de manger. Tu as été merveilleux. Sans toi je me serais pris toutes les barres, je voyais plus rien. Tiens je t’ai découpé des carottes avant de venir. »

 

En caressant mon nouveau compagnon, je pense à Ben. Quand nous nous sommes revus jeudi soir, il m’a embrassée sur la joue juste à côté de mon oreille et il m’a glissé une lettre.

 

« Mets là dans la poche intérieure de ta veste samedi. Elle va te porter chance. Tu ne peux pas la lire avant sinon ça ne marchera pas. Une fois que tu auras mis pied à terre et que tu te seras bien occupée de mon poney, trouve toi un petit coin à Château Miel et lis la. »

 

Je ne peux plus attendre. Je déchire l’enveloppe.

 

 

Anya,

 

Tu dois avoir terminé ton parcours si tu lis cette lettre. J’espère que tu es heureuse du résultat. J’ai briefé Acro avant mon départ. Je suis loin mais je reste auprès de vous deux. Depuis que je t’ai vue j’ai compris mon copain Léo (ouai, il s’appelle comme ma mère). Moi qui me moquait toujours de lui quand il me parlait de son Alma. J’ai compris qu’être amoureux ce n’est pas seulement un sentiment pour quelqu’un, c’est aussi l’envie d’être toujours avec cette personne. C’est partager plein de choses, c’est vouloir qu’elle soit heureuse, qu’elle gagne des concours, qu’elle monte le poney que je ne prête jamais à personne, c’est rêver d’elle et des choses qu’on pourrait bien faire ensemble, c’est se dire que même à des centaines de kilomètres et malgré les filles de mon collège c’est à elle que je penserai. Je n’ai pas osé te dire que je ne te reverrai pas avant le mois de juillet. D’habitude pour les vacances d’avril je suis chez ma mère, mais cette année mes parents m’ont payé un voyage linguistique et je pars en Angleterre à Londres, chez Gaelle, une vieille connaissance à ma mère. Je vais apprendre l’anglais, faire plein de visites et jouer au polo. Je risque de me prendre pour un prince à force ! Tu sais qu’en Argentine tout le monde joue au polo, c’est un sport populaire, c’est chouette. Un jour j’irai, tu viendras avec moi ? Si tu ne ressens pas tout ce que je ressens dans mon cœur alors ne m’envoie pas d’email. Mais si, comme moi tu nous imagines avec Acrobate sur une plage déserte de Bretagne, alors fais moi signe. 

 

Je t’embrasse

                      Ben

 

 

 

Quand ma mère me retrouve, une larme coule le long de ma joue. Il m’aime. Je ne pensais pas qu’un garçon pouvait écrire ce genre de lettre. Léo est juste derrière. Je n’ose même pas la regarder. Ils ne peuvent pas me laisser deux minutes tranquilles tous ?

 

« - Tu as bien mérité de manger un morceau aussi après toutes ces émotions. Qu’est-ce que tu dirais d’une gaufre chaude avec du chocolat dessus ?

-       Cool ! »

 

Soudain je pense à Ben. Il faut que je fasse attention à pas devenir bibindum quand même. Allez, c’est ma dernière gaufre. Je ferai gaffe après, promis.

 

 

 

 

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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