Acrobate, mon cheval 9-13 ans

Lundi 26 janvier 2009 1 26 /01 /Jan /2009 12:19

 

Ben m’a beaucoup écrit au début, pendant deux mois. On s’envoyait des emails tous les jours. Et puis d’un seul coup plus rien. J’ai beaucoup pleuré. Avec Mél, nous pleurions toutes les deux. Son amoureux était dans le Nord et ne lui écrivait plus non plus, et le mien en Bretagne. Sans doute avaient-ils trouvé mieux dans leurs collèges. N’empêche que secrètement nous espérons toutes les deux les revoir en juillet à l’Open de France. Nous nous mentons à nous même en disant que ce serait idéal pour une vengeance. Le soir dans mon lit, quand j’écoute mon ipod, je ne peux m’empêcher de me faire des films avec Ben. Je rêve qu’on se croise dans un stand où ils vendent des couvertures pour poney, qu’on a choisi la même sans le savoir pour Acrobate, qu’il s’arrête de marcher, moi aussi, qu’on reste comme ça un temps record comme dans les comédies romantiques américaines de l’époque de maman, mais là c’est en vrai, qu’il s’avance vers moi, me prends dans ses bras et me dit qu’il regrette, que je suis celle qu’il aime vraiment, on s’embrasse et… j’enlève mon ipod, je pleure à chaudes larmes et je finis quand même par m’endormir.

 

Ma mère me dit que j’ai une tête d’enterrement et que je ferais bien d’arrêter de penser aux garçons si je veux continuer la compétition. « On ne peut pas faire les deux en même temps ! » Quel cœur de pierre par moment celle-là ! A se demander si elle a jamais été amoureuse de sa vie.

 

En parlant de compétition, j’en suis à 260 points, Mél 470. Sa mère n’est pas contente. Elle veut que sa fille concoure en Grand Prix cette année. Moi c’est tout l’opposé, je suis plutôt fière pour un début. En ce moment, Mél est en crise avec ses parents. Elle ne les supporte plus et passe tout son temps chez moi. Après le collège, on fait nos devoirs ensemble. Le week-end, elle dort à la maison et on se regarde des films d’horreur. Trop bien. Ca nous évite de penser à Ben et à Louis. Mais, même dans ces films, ils trouvent souvent le moyen de montrer des couples amoureux, c’est énervant à la fin !

Côté collège, je m’en sors plutôt pas mal. Mon père est persuadé que la compétition sportive me fait du bien et que c’est grâce à ça que je suis meilleure en classe. Il fait de la psychologie à ses heures perdues et lit beaucoup de livres de ce style en avion. Ca m’énerve pas mal généralement. Maman aussi d’ailleurs. Mais cette fois, je pense qu’il a peut-être raison. Je me sens mieux depuis que je fais des points avec mon oiseau d’Acrobate. Je lui ai dit que son cavalier préféré, hormis moi, m’avait laissée tomber comme une vieille chaussette. Il a henni un grand coup comme à chaque fois que je lui parle d’ailleurs. Ca fait cinq mois maintenant qu’on se connaît. Il connaît mes peurs et moi ses défauts. Je crois qu’on se complète bien. Il doit être là le vrai secret en équitation. La semaine dernière j’ai vu un reportage sur Michel Robert en train de faire des câlins à son cheval. C’est leur amour qui les fait avancer. Championne olympique… Peut-être que si je devenais championne olympique, Ben retomberait amoureux de moi. Il me manque. Comment peut-on être capable de cerner si bien une personne en une semaine et l’effacer comme ça d’un coup, quand on l’a décidé ?

 

Ce soir,  j’ai pris ma décision, je lui envoie un mail de rupture en lui disant qu’il est nul. Rupture de quoi ? Ouai, si ça se trouve pour lui c’est fait depuis longtemps, et puis en plus, on peut pas vraiment dire qu’on est sorti ensemble. C’est moi qui suis cruche ou non ? Si ça se trouve j’ai compris les choses de travers. Il m’aime peut-être comme une sœur ? Non il m’a dit qu’il était amoureux alors… Vivement que Mél arrive, j’ai besoin de parler, ma tête va exploser.

Faut dire que je suis cloîtrée au lit depuis deux jours à cause d’une angine et que ça commence à me taper sur le ciboulot d’avoir tout ce temps pour penser à ce qui ne tourne pas rond dans ma vie. D’habitude entre les cours, l’équitation et mes bonjours à Acrobate, j’ai pas trop le temps de tout retourner sans cesse dans ma tête. Même si je suis triste je fais des choses. Mais là… La télé c’est vraiment pas mon truc. Internet un peu plus mais au bout de deux heures j’en ai marre. Mon frère m’horripile encore plus et j’ai l’impression qu’enfermée dans ma chambre tout le monde m’oublie. J’ai bien ressorti une ou deux cassettes de films d’horreur mais je les connais par coeur et je me suis endormie devant.

 

« - Coucou Anya ! Ca va mieux ? J’ai tes cours. C’est Sadou qui me les a donnés pour toi. Qu’est-ce qu’elle est gentille elle ! Parce qu’on peut pas dire qu’ils aient tous de grandes âmes dans ta classe. Quand j’ai demandé à qui je pouvais emprûnter des cours, ils ne se sont pas battus. »

 

Je sais qu’elle dit ça plus par colère que pour me peiner. Mais ça me blesse de savoir qu’aucun de mes copains de classe ne veut me prêter ses cours. Je croyais qu’on s’aimait bien tous… Sadou est arrivée de la banlieue parisienne il y a deux mois. Je ne la connais pas encore bien. Je l’inviterai à venir passer un après midi à la maison pour la remercier. Je tourne la tête pour ne pas montrer ma déception.

 

« - C’était bien aux Sabots de Feu ?

-       J’y suis pas allée. J’avais pas très envie sans toi, et maman m’a demandée exceptionnellement de garder Lola parce qu’elle devait aller chez le médecin. Tu te rends compte, elle avait oublié que j’avais cours ce soir ? Bizarre hein…

-       Pas trop son style en effet.

-       Remarque, en ce moment, avec Nestor c’est pas trop la fête alors… Je me demandais si Léo accepterait que je prenne Jazz pour aller à Lamotte Beuvron dans un mois. Je crois qu’elle voudra jamais.

-       Y’a des chances. Tu t’es entraînée tout ce temps avec Nestor.

-       Oui, mais il fait n’importe quoi en ce moment, Itaque est pris, et Jazz n’a personne d’attitré en concours.

-       Qui te dit que ce sera mieux avec Jazz ?

-       Je ne sais pas. J’ai envie d’essayer.

-       Il reste un seul concours avant l’Open de France Mél !

-       Je sais.

-       Tiens, tu me passes le pot de chocolat.

-       T’es plus au régime ?

-       Quel régime ! »

 

On éclate de rire.

 

« - Et bien je vois que l’angine se porte bien.

-       Bonjour Madame 

-       Bonjour Mél.

-       Mél m’a ramenée mes cours Maman. C’est Sadou, tu sais la fille qui est arrivée y’a pas longtemps. Elle a bien voulu lui laisser. Faudra que je l’invite.

-       On verra ça quand tu iras mieux. Quelqu’un est passé te voir. Nous avons reservé ton boxe ensemble pour Acrobate. »

 

Léo passe une tête à travers la porte.

 

« - Bonjour les filles.

-       Ah Léo ! Mais qu’est-ce que tu fais ici ?

-       Bon je vous laisse entre femmes, j’ai des courses à faire et je dois récupérer ton frère au foot. Dieu sait où est-ce qu’il aura trouvé une nouvelle bosse à se faire. »

 

Léo s’asseoit au bord de mon lit, tout comme le fait maman. Mél s’est mise de l’autre côté au bout, sous l’edredon. Léo me passe la main dans les cheveux. Je ne sais pas pourquoi mais ce geste ne me dit rien qui vaille. On le fait quand on doit annoncer une catastrophe.

 

« - Tout va bien Léo ?

-       Qu’est-ce qu’il y a Léo ? »

 

Mél me regarde un peu paniquée. C’est elle qui pose la question que je n’ose pas poser.

 

« - Il n’est rien arrivé à Ben ?

-       Non c’est pas Ben… C’est Acrobate. »

- Ah ! » J’ai crié, c’était plus fort que moi. « Qu’est-ce qu’il a ? Il est malade ? Il s’est cassé quelque chose ?

 - Non Anya. C’est son propriétaire. Il a décidé qu’il voulait s’en débarasser. Il ne me paye plus de pension depuis trois mois mais je ne t’avais rien dit. Je l’ai appelé. Il dit qu’il ne veut plus entendre parler de ce « canasson » qui ne lui sert qu’à lui pomper son fric et qu’il va l’envoyer… Qu’il veut le vendre.

-       Le vendre à qui ? » s’enquit Mél tandis que je reste bouche bée. « A toi ? »

-       Je ne peux pas l’acheter. J’ai beaucoup de mal à m’en sortir en ce moment et j’ai encore beaucoup de dettes à rembourser.

-       A qui alors ? Ne me dis pas qu’il veut l’envoyer à la…

-       Chut Mél !

-       Boucherie, c’est ça ? » Tandis que ces mots sortent de ma bouche, des larmes coulent à flot sur mes joues.

-       Je lui ai expliqué la situation et l’Open de France Poney. C’est un personnage très antipathique et particulièrement peu sensible mais il est d’accord pour attendre encore un mois. Il viendra le chercher aux Sabots de Feu le 15 juillet.

-      

-       Anya ? On va essayer de trouver une solution. »

 

Malgrè ma gorge toute serrée, j’arrive à articuler : « Ben est au courant ? »

 

« - Non je l’appelle ce soir. Je me suis dis que tu devais être la première à savoir. Nous allons mettre un plan d’action en œuvre.

-       Il ne peut pas faire ça Léo ! »

 

J’explose de colère et de tristesse. Une énorme boule s’est formée dans mon estomac et tout ressort en larmes. Mél vient vers moi et me prend dans ses bras pendant que Léo me caresse les cheveux.

 

« - T’inquiètes ma puce, on va trouver comment sauver ce poney. Il le mérite et on l’aime tous Acrobate.

-       Oui, on va signer une pétition et l’envoyer à ce vieux shnok sans cœur ! » s’énerve Mél.

 

 

Quand mes parents rentrent une heure plus tard, ils sont stupéfaits de me voir avec des yeux de lapin rouge tous gonflés.

 

« - Qu’est-ce qui s’est passé Anya ?

-       Ils vont tuer Acrobate !

-       Calme toi Anya. Qui a dit qui allait tuer qui ? »

 

Il est bête par moment mon père. Il a toujours pas compris qui était Acrobate ? Même s’il l’aime beaucoup, lui et les prénoms, surtout d’animaux, c’est une catastrophe. Selon ma mère, ça vient du fait qu’il n’a jamais eu d’animaux quand il était petit et qu’il ne sait pas ce que c’est que d’en aimer un vraiment. Chez lui, ils n’aimaient pas ça. Je trouve ça bizarre moi de ne pas aimer les animaux, ça ne me viendrait pas à l’idée. Je ne savais même pas que des gens comme ça existaient.

Ma mère, elle, a très vite compris que ma vie entière était au bord du désastre si on m’enlevait Acrobate. Déjà Ben, ça m’avait fait sombrer, alors Acrobate c’est la fin de tout. Et quelle idée d’avoir un poney de loisir pour le faire terminer de cette façon. Quel genre d’homme peut-on être ? Je ne pensais même pas que c’était possible. J’étais persuadée que tous les poneys et chevaux de manège passaient une retraite paisible dans les champs.

Maman est allée chercher un calmant. Ellle aime pas trop ça, mais là, elle voit bien que je suis au bord de la crise de nerf, sans parler de ma fatigue accumulée depuis des mois, à faire mes devoirs, préparer les concours et passer mes week end sur les terrains. En même temps je n’ai jamais été aussi heureuse. Et voilà que je repense à Acrobate. S’il le faut, j’irais le voler la nuit avant le 15 juillet. Non mieux, je ne le ramènerai pas de Lamotte, je le lâcherai en forêt pour qu’il retrouve sa liberté. Est-ce qu’il saurait se débrouiller tout seul après avoir passé autant de temps avec l’homme ? Pas sûr… Il est habitué à ce qu’on lui ramène à manger après avoir bien travaillé. Il a besoin de moi.

 

« - J’ai combien d’économie à la banque maman ?

-       Comment ?

-       Combien j’ai ? Si ça se trouve je peux lui racheter au vieux shnok.

-       Tu as 30 euros Anya. Tu oublies que tu t’es rachetée je ne sais pas combien de nouvelles tenues pour monter ainsi que des gadgets pour ton Acrobate justement ? »

 

Je me remets à pleurer. J’ai l’impression que mon corps se déchire de l’intérieur, mon ventre est une boule de feu de colère et de chagrin.

 

« - Combien donne l’abattoir pour ce genre de bête ?

-       Eric ! » Ma mère s’est retournée vers mon père avec des yeux de sauvage. Faut dire que mon père manque souvent de tact quand il parle affaire.

-       Quoi ? J’ai besoin de connaître la somme qu’il faut envisager pour l’achat de ce poney.

-       Je ne sais pas moi combien ils sont prêts à donner. Tout dépend de la viande qu’ils peuvent en tirer ou non.

-       Maman ! » Cette fois, les yeux de sauvages, ce sont les miens.

-       1000 euros ?

-       Peut-être moins.

-       Mais c’est dégueulasse de parler comme ça d’Acrobate.

-       On cherche des solutions ma crevette. »

 

Ca fait une éternité, que dis-je, des lustres que papa ne m’a pas appelée de cette façon. Je devais avoir 6 ans la dernière fois !

 

« - Vous allez le racheter ?

-       Ton père n’a pas dit ça Anya.

-       Non je pense à des solutions.

-       Sans compter que tu sais très bien qu’un poney c’est non seulement un achat mais aussi une pension tous les mois, le vétérinaire, le maréchal ferrand et une attention de chaque jour.

-       Je sais maman, ça fait trois ans que vous me le dîtes.

-       Les membres du club peuvent peut-être tous se cotiser pour sauver Acrobate ?

-       Et chacun serait propriétaire d’un bout d’Acrobate ? Non merci ! C’est pas la boucherie mais ça y ressemble ce marchandage.

-       Vous seriez plusieurs à en avoir la responsabilité, ça diminue les charges tu sais.

-       J’ai besoin de réfléchir. Laissez-moi tranquille. »

 

Et comme je m’y attendais maman ne peut s’empêcher :

 

« - Tu ne veux pas dîner avec nous ?

-       J’ai pas très faim.

-       Réfléchis, on mange dans une demi heure, c’est du soufflé au fromage. » Me glisse papa en sortant de la chambre avec un clin d’œil.

 

Pourquoi certains adultes s’obstinent à faire du mal ? Ce type est quand même pas bien. Pourquoi acheter un poney et l’envoyer à l’abatoir du jour au lendemain. Il faudrait que j’arrive à lui parler. Je me lève, vais vers mon ordinateur et l’allume. Je vais envoyer un email à Ben. Nous devons prendre les décisions ensemble concernant Acrobate. Je vais lui parler des solutions auxquelles on a pensées, il sera peut-être pour. Ca me fait bizarre de lui réécrire, mais là, je n’ai pas le choix.

De toutes façons il m’a devancée. Dans la liste de mes messages je vois « Ben : 1 message non lu »

Malgré les palpitations de mon cœur, j’ouvre le courrier sans trembler, il en va de la vie de mon compagnon, celui qui me donne tant depuis des mois.

 

De : benjojo@bretagnebleu.fr

A : anastasyyya@maildot.fr

 

Je sais que ma mère t’a déjà mise au courant du sort de notre bel Acrobate. Je voulais juste que tu saches que j’ai versé les mêmes larmes que tu dois être en train de verser en ce moment, mais que je suis sûr et certain qu’ensemble nous allons trouver une solution, la meilleure pour lui.

T’inquiète pas Anya, je suis auprès de toi.

Tu me manques.

Ben qui ne t’a pas oubliée.

 

J’ai un peu de mal à comprendre, mais je suis contente qu’il veuille que nous fassions front ensemble contre cet imbécile de propriétaire. Il devrait être écrivain. Il sait comment manier les mots pour me réconforter… et me torturer !

Je ferme mes emails et décide d’aller manger un peu de soufflé au fromage. Si je reste toute seule je vais finir par me taper la tête contre les murs. Il y a moins d’une heure, je n’avais plus de petit ami et j’avais mon Acrobate pour moi, et maintenant on veut m’enlever celui que j’aime par dessus tout et mon petit ami me dit qu’il l’est toujours. Il en a de bonnes lui ! Si je veux d’abord… Bon de toutes façons pour le moment il y a plus urgent que mes amours. J’espère juste que tout cela ne va pas nous déstabiliser pour le dernier concours et l’Open de France. Je me connais, quand je suis contrariée je fais tout de travers et si mon Acrobate le sent, il sera perturbé lui aussi.

Je descend les escaliers d’un pas lourd quand mon frère me rejoint et me tire par la manche. Il a 6 ans et demi. Il me regarde avec un air très grave et me tend un paquet tandis que nous nous dirigeons ensemble vers la cuisine. J’ouvre le paquet mystérieux qu’il vient de me confectionner comme un petit cochon : c’est un petit cheval de bois blanc. Gus me prend l’épaule et se rapproche de mon oreille :

 

« - Il m’a promis qu’il t’aiderait à sauver Acrobate. »

 

J’ai une larme à l’œil. C’est un vrai démon d’habitude mais je le trouve trop mignon mon petit frère. Je ne sais pas où il est allé chercher ce petit cheval mais je vais le garder précieusement comme un porte bonheur.

 

« - Tu dois te concentrer sur la compétition et sur le championnat de France. C’est dans un mois, vous n’avez pas fait ce chemin tous les deux pour rien. Considère que ton Acrobate est sauvé quoiqu’il arrive et cet abruti de proprio ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. »

 

Voilà comment mon père décide de mettre un terme à cette discussion. Pourvu qu’il ait raison. Je dois lui faire confiance, mais dans ma tête je ne peux m’empêcher de voir l’œil noir mouillé d’Acrobate, qui lui, a confiance en moi.

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 13:57



« Le dossard 15, Anya Sivret, va entrer en piste. Attendez la cloche. C’est à vous Anya !».

 

Soudain tout se brouille dans ma tête. J’ai le cœur qui palpite si fort que mes yeux sont voilés par la peur, je ne vois plus rien, les larmes se mettent à couler. Acrobate doit le sentir. Il me porte et m’enlève. Tant pis, je lui fais confiance. Il part et ne s’arrêtera qu’une fois le parcours accompli. Il a touché et fait une barre. Pour le reste il a été impeccable. Il a senti que je lui laissais les rennes, c’est le cas de le dire. Je vois mes parents derrière les barrières, à la sortie de la carrière. Ma mère fait un grand sourire. Ils applaudissent.

Esteban et Léo viennent vers moi.

 

« - Ca ne peut pas être parfait à tous les coups. Mais pour une première tous les deux c’est fort. Vous allez finir 5ème ou 6ème du jour. C’est bien. »

 

Léo a l’air heureuse mais moi j’aurais voulu leur montrer qu’on pouvait monter sur le podium direct. Maman me dit toujours que je ne me laisse jamais assez de temps. Je veux tout tout de suite.

 

« - C’est avec le temps et l’opiniâtreté que l’on acquiert les choses ma chérie. Demande aux astronautes, aux écrivains, à Spielberg, aux prix Nobel… Même Aragorn dans le Seigneur des Anneaux a dû attendre la quarantaine avant d’être consacré comme un grand acteur. Investis toi dans chaque instant, c’est ce qui compte. »

 

Je vois dans les larmes de maman qu’elle est fière de moi. Papa ne pleure pas lui, mais il gonfle ses épaules quand il est content. Pour une fois qu’il n’est pas à l’autre bout du monde.

 

Il manque une personne. Léo qui m’observe semble lire dans mes pensées.

 

« - J’étais au téléphone avec Ben quand tu es passée. Je lui ai décrit votre parcours. Il était fier. Il a demandé à ce que tu caresses bien Acrobate de sa part. Il lui a parlé de toi avant de partir. »

 

Je deviens rouge pivoine. Ma mère, qui est à quelques mètres, me regarde d’un air interrogateur. Je fais comme si je ne l’avais pas vue entendre. Elle n’insiste pas. Ouf ! Cache-moi Acro… Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas être tranquille avec ses rêves ? Qu’est-ce qu’il t’a glissé au creux de l’oreille ?

 

 Acrobate hennit un grand coup. Y’a vraiment des moments où j’ai l’impression qu’il veut me parler.

 

« Allez vient au van. C’est l’heure de manger. Tu as été merveilleux. Sans toi je me serais pris toutes les barres, je voyais plus rien. Tiens je t’ai découpé des carottes avant de venir. »

 

En caressant mon nouveau compagnon, je pense à Ben. Quand nous nous sommes revus jeudi soir, il m’a embrassée sur la joue juste à côté de mon oreille et il m’a glissé une lettre.

 

« Mets là dans la poche intérieure de ta veste samedi. Elle va te porter chance. Tu ne peux pas la lire avant sinon ça ne marchera pas. Une fois que tu auras mis pied à terre et que tu te seras bien occupée de mon poney, trouve toi un petit coin à Château Miel et lis la. »

 

Je ne peux plus attendre. Je déchire l’enveloppe.

 

 

Anya,

 

Tu dois avoir terminé ton parcours si tu lis cette lettre. J’espère que tu es heureuse du résultat. J’ai briefé Acro avant mon départ. Je suis loin mais je reste auprès de vous deux. Depuis que je t’ai vue j’ai compris mon copain Léo (ouai, il s’appelle comme ma mère). Moi qui me moquait toujours de lui quand il me parlait de son Alma. J’ai compris qu’être amoureux ce n’est pas seulement un sentiment pour quelqu’un, c’est aussi l’envie d’être toujours avec cette personne. C’est partager plein de choses, c’est vouloir qu’elle soit heureuse, qu’elle gagne des concours, qu’elle monte le poney que je ne prête jamais à personne, c’est rêver d’elle et des choses qu’on pourrait bien faire ensemble, c’est se dire que même à des centaines de kilomètres et malgré les filles de mon collège c’est à elle que je penserai. Je n’ai pas osé te dire que je ne te reverrai pas avant le mois de juillet. D’habitude pour les vacances d’avril je suis chez ma mère, mais cette année mes parents m’ont payé un voyage linguistique et je pars en Angleterre à Londres, chez Gaelle, une vieille connaissance à ma mère. Je vais apprendre l’anglais, faire plein de visites et jouer au polo. Je risque de me prendre pour un prince à force ! Tu sais qu’en Argentine tout le monde joue au polo, c’est un sport populaire, c’est chouette. Un jour j’irai, tu viendras avec moi ? Si tu ne ressens pas tout ce que je ressens dans mon cœur alors ne m’envoie pas d’email. Mais si, comme moi tu nous imagines avec Acrobate sur une plage déserte de Bretagne, alors fais moi signe. 

 

Je t’embrasse

                      Ben

 

 

 

Quand ma mère me retrouve, une larme coule le long de ma joue. Il m’aime. Je ne pensais pas qu’un garçon pouvait écrire ce genre de lettre. Léo est juste derrière. Je n’ose même pas la regarder. Ils ne peuvent pas me laisser deux minutes tranquilles tous ?

 

« - Tu as bien mérité de manger un morceau aussi après toutes ces émotions. Qu’est-ce que tu dirais d’une gaufre chaude avec du chocolat dessus ?

-       Cool ! »

 

Soudain je pense à Ben. Il faut que je fasse attention à pas devenir bibindum quand même. Allez, c’est ma dernière gaufre. Je ferai gaffe après, promis.

 

 

 

 

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /Jan /2009 18:43

 

VII

 

 

Aujourd’hui on s’entraîne sur le vrai parcours. Samedi, Mél n’est pas venue car elle avait un mariage. C’est rare qu’elle manque un cours. Vendredi on ne s’est pas parlées, samedi on ne s’est pas vues et hier pas de MSN. Mél est amoureuse de Ben, j’en suis sûre !

En tous cas, samedi, avec mon Acrobate nous volions dans les airs. Pourvu qu’il me fasse pareil tout à l’heure. Dix minutes que j’attends déjà. Je commence à avoir froid à faire le piquet à côté de cette grille. Je sors mon portable. Aucun texto.

 

« Salut Anya ! Qu’est-ce que tu fais là ?

-       Salut Ben. J’attends Mél. On s’attend toujours ici normalement.

-       T’as pas besoin de l’attendre. Elle est à la maison. On a pris le goûter ensemble quand elle est rentrée du collège. Regarde, elle te fait signe de là haut. »

 

Je réponds aux signes de la main de Mél. Je suis horriblement jalouse, mais le fait qu’elle me sourit me fait plaisir.

 

« - Tu veux un pain au chocolat ? Il en reste.

-       Non non merci.

-       Tu es au régime.

-       … Pourquoi, je devrais ?

-       J’ai pas voulu dire ça. »

 

Quelle imbécile. Pourquoi il a fallu que je l’agresse encore. Je garde la tête basse sur mes pieds en avançant. Je suis furieuse contre moi même.

 

« - T’as pas besoin d’être au régime. Moi je te trouve très belle comme tu es. »

 

Je ne relève toujours pas la tête. Pourtant, j’en ai super envie. Mon cœur a failli exploser dans ma poitrine. Est-ce que c’est une déclaration d’amour ça ? J’ai pas trop l’habitude. Je ne sais pas à quoi ça ressemble.

 

« - J’ai préparé le parcours avec ma mère tout à l’heure. Ca ne va pas être facile samedi. Dommage que je ne sois plus là pour vous encourager toi et mon Acrobate. 

 

Je réagis enfin.

 

« - Tu seras pas là samedi ?

-       Non je repars en Bretagne vendredi. On se revoit jeudi soir pour le cours. Sinon, y’a des chances que je vienne à Lamotte Beuvron pour l’Open cette année. Je vais aider ma mère et Estéban. Entre tous ces poneys et tous ces gamins, ils ont du travail.

-       Ces gamins !

-       J’rigole ! »

 

Ca me fait tout bizarre de savoir qu’il va repartir pendant des mois très loin d’ici. Mais je suis contente d’apprendre que je vais peut-être passer une semaine de vacances avec lui et son poney en juillet.

 

« - Tu me laisseras ton email pour que je te donne des nouvelles du couple d’enfer ?

-      

-       Je parle d’Acrobate et moi !

-       Pas de problème… J’osais pas te le demander. Je t’enverrai des photos de chez moi. Tu verras c’est beau. J’habite au bord de la mer. »

 

L’espace d’un instant on ne se parle plus. On se regarde en souriant. Il est tout proche de moi. Je ne vois plus que ses yeux.

 

« - Eh Anya ! Viens, j’ai du nouveau à te raconter ! »

 

Mél m’appelle des écuries. Elle a l’air pressée de me voir. Je me recule. Je me sens toute chose. C’est ça, tomber vraiment amoureuse ? Dans ses yeux j’ai l’impression d’être celle que j’ai toujours rêvée d’être. En me retournant vers les écuries, je prends conscience du manque qu’il va laisser ici et dans mon cœur. Une boule se forme dans ma gorge. Je la ravale et rend son sourire à Mél qui vient m’embrasser.

 

« - Tu ne devineras jamais !… Qu’est-ce qu’il y a ? T’es malade ?

-       Pourquoi ?

-       T’es toute blanche… Tu veux t’asseoir ?

-       Non ça va passer. Ca doit être mon hypoglycémie qui recommence. »

 

Elle a bon dos mon hypoglycémie !

 

« - Louis m’a écrit !

-       Ah bon !

-       Ne fais pas l’ignorante. Il m’a répondue avec le mail que tu lui as envoyé à ma place j’te signale.

-      

-       Tu as carrément bien fait !… Au début j’ai cru que j’allais t’étrangler mais quand j’ai lu sa réponse… Il me dit qu’il n’a jamais oublié de médaille mais qu’il a oublié de demander son adresse à une jolie brune qu’il avait trouvée « splendide » un soir de veillée… Tu te rends compte ?

-       C’est super ça ! Vous allez pouvoir vous écrire maintenant.

-       Il y retourne cet été avec Capucine sa ponette… Merci Anya !

-       De quoi ?

-       D’avoir insisté auprès du club en envoyant ce mail.

-       T’étais pas en état de le faire. Il fallait bien que quelqu’un le fasse pour toi.

-       Et Ben ?

-       Quoi Ben ?

-       Vous en êtes où ?

-       Ca ne te regarde pas !

-       Bien sûr que si ça me regarde ! Il n’a pas arrêté de se renseigner sur toi. On n’a jamais passé autant de temps ensemble que depuis qu’il s’intéresse à toi. Il ne sait pas quoi faire pour que tu le remarques.

-       Tu veux dire que tout ce temps que vous passez ensemble, c’est pour parler de moi ?

-       Evidemment ! On va pas cueillir des framboises ! Je l’aime bien Ben mais je préfère quand même passer du temps sur MSN avec Louis.

-       J’avais cru que…

-       Quoi ?

-       Non rien.

-       Bon tu viens. Esteban va nous faire souffrir si on est en retard. »

 

Dans mon boxe, je m’avance du creux de l’oreille d’Acrobate. « Tu te rends compte. J’ai cru que Mél était amoureuse de Ben et lui aussi. Alors qu’en fait c’était pour moi qu’ils passaient tout ce temps ensemble. T’aurais pu me mettre sur la voix Acro quand même… Me faire comprendre que j’étais un peu bêbête par moment…. Tu sais quoi ? Aujourd’hui c’est l’un des grands jours avant le jour j. Le parcours préparé par Léo est de la même difficulté que celui de samedi alors il va falloir assurer mon chou. Montre moi ce que tu as dans le ventre et je te promets la douche la plus longue de l’univers après. »

 

J’adore son odeur. Sur l’encolure, il est toujours tout chaud. J’aime bien l’entourer de mes deux bras. Il se met au petit galop. Il est confortable. Ses pas se font de plus en plus rapides mais détendus, l’obstacle approche, il prend son appel, détend et saute. De l’extérieur, on doit trouver que c’est un gros patapouf qui saute. Mais moi, dessus, j’ai l’impression de voler. Je ne ressens pas les chocs comme avec les autres. C’est comme un énorme coussin bienveillant. Avec lui, rien ne peut m’arriver. Avec lui, je n’ai plus peur.

 

Esteban est satisfait de notre travail. Il paraît même surpris de la prestance d’Acrobate. Ben nous applaudit et vient taper dans le dos d’Esteban.

 

« - Tu vois t’a jamais voulu croire que c’était un grand poney !

-       Je dois reconnaître que je suis surpris. Il semble avoir trouvé sa moitié en tout cas. »

 

Esteban me fait un énorme sourire. Décidément c’est mon grand jour aujourd’hui !

 

« - Anya, si tu me refais le même samedi, tu vas tout déchirer… » Je ravale ma salive, je ne sais plus quoi dire. Il se retourne ves les autres. « Vous dessellez les poneys, vous les chouchoutez un peu et vous rentrez tous dîner ! A jeudi ou à samedi pour ceux que je ne vois pas entre temps ! Ciao ! »

 

« - Tu veux que je t’aide Anya ? »

 

C’est Ben. Je suis contente qu’il soit là, dans le boxe, avec nous deux.

 

« - Il a mérité une longue douche. Je lui ai promis. C’est pour cette raison qu’il a travaillé comme ça !

-       Tu marches à la carotte toi ? »

 

On éclate de rire. Mél nous rejoint. Ce soir je suis la plus heureuse d’être moi. Même avec mes kilos en trop. Vivement samedi. Enfin… Non… Ben ne sera plus là.

 

« - Je monterai avec vous jeudi soir.

-       Je te prêterai Acrobate si tu veux.

-       Non. Tu dois continuer de l’entraîner pour samedi. Je prendrai Luz. »

 

Soudain Ben se rapproche de moi alors que Mél et moi nous dirigeons vers la grille. Je m’arrête. Mél se retourne, nous regarde, nous fait des bises de la main et me lâche pour aller rejoindre sa mère. Il fait déjà nuit noire.

 

« - Je peux te raccompagner chez toi Anya ?

-       Mais Léo ?

-       Je lui ai dit que je te ramènerais à ta porte. J’aime pas que tu sois toute seule dans le noir.

-       Ah…Ok »

 

On commence à marcher. J’ai l’impression de voir la campagne qui nous entoure pour la première fois, de respirer toutes les odeurs des environs, les arbres, et leurs feuilles par terre, toutes humides. Les étoiles aussi brillent plus que d’habitude. J’entends le souffle de Ben.

 

-       Ca ne te fait pas peur avec toutes ces histoires qu’on entend ?

-       Arrête !

-       Non, en fait c’est un prétexte.

-      

-       Je voulais juste profiter de cette promenade pour te voir encore plus et te dire que…

-      

-       Tu ne m’aides pas beaucoup Anya.

-       Euh…

-       … Que tu allais beaucoup me manquer. »

 

On s’arrête tous les deux de parler et de marcher. La porte de chez moi n’est plus qu’à quelques mètres. Nous sommes arrivés. Je n’arrive plus à respirer. Mon souffle est court. Je me mords les lèvres. Ben me prend ma main droite et la pose entre ses deux mains comme pour la réchauffer. Il tremble. Il s’approche encore de moi. Avance ses deux lèvres sur mes joues et se dirige vers le sillon du coin de mes lèvres. Je ferme les yeux et mes lèvres trouvent ses lèvres. On s’embrasse. Et je pars en courant pendant que, lui, reste là, les bras balants.

C’est la première fois que j’embrasse un garçon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /Déc /2008 14:06

Quand je suis arrivée devant son boxe, il a hénni comme hier. Quelque chose qui se passe entre Acrobate et moi. Pourvu que ce soit vrai en reprise. Je suis venue plus tôt pour passer du temps à le préparer et pour remercier Ben de me le prêter. Mais je ne le vois pas. J’ai beau le chercher depuis une demi heure, il n’est apparu nulle part. Léo me ramène la selle de mon nouveau chouchou.

 

« - Merci Léo mais j’aurais pu venir la chercher.

-       Profites en, ce sera pas tous les jours. De toutes façons, je dois te montrer comment le seller. Monsieur a ses petites manies. Il est un peu gros alors en attendant que tu le remuscles en vue des concours et de Lamotte, il faut y aller doucement et passer la sangle par ici. Tu vois là ? Y’a une petite tâche brune, ça me sert de point de repère. Au delà, monsieur se sent balloné et pas bien du tout et il te fait tourner en bourrique tout le long de la reprise. C’est pas ce que tu veux avec lui, n’est-ce pas ?

-       Non, pas de temps à perdre.

-       A ce sujet, je t’ai inscrite à Château Miel. Samedi de la semaine prochaine. Tu dois être ici à 8 heures du matin. Il y a une heure de chemin mais vous préparez vos poneys vous même et Esteban vous emmène tous avec le camion. Le concours démarre à 11 heures. Tu penses avoir tout ton matériel d’ici là ?

-      

-       T’inquiète, s’il faut je te prête des affaires à Ben. Il ne monte plus en concours et il a gardé tous les apparats d’Acrobate.

-       J’aurais voulu lui dire merci mais je ne le vois pas.

-       Un vrai courant d’air mon fils. T’inquiète, il va revenir vers toi. »

 

A ces mots je suis redevenue toute rouge.

 

« - Quand tu lui tires les rennes, fais bien attention de ne pas être violente. Il est extrêmement sensible de la bouche. Et surveille bien ses oreilles, ce poney est du genre expressif. Il ne triche jamais et montre toujours ce qu’il pense. Fais pas cette tête, c’est moi qui m’occupe de la reprise le jeudi soir, ça va bien se passer. D’ailleurs tu n’as pas vu Mél ? C’est pas son style d’être en retard. »

 

C’est vrai que Mél n’est pas arrivée encore, alors que le cours commence dans dix minutes. Elle qui traîne toujours aux écuries une heure avant. Soudain mon cœur s’arrête. Quand on parle du loup… De mon boxe je vois l’allée. Je la vois arriver au loin, à la grille. C’est vrai que je ne l’ai pas attendue comme d’habitude. J’étais trop pressée de retrouver celui avec lequel j’avais pris rendez-vous ce soir. Elle rigole et son voisin rit avec elle. Elle est avec Ben ! On dirait qu’ils se connaissent depuis toujours. Elle le pousse, elle se met à courir en direction de l’écurie et lui aussi. Ils sont tous rouges tous les deux quand ils arrivent à ma hauteur. Elle est super belle d’un coup. Et lui, a un sourire éclatant. Je suis encore trop jalouse pour me rendre compte que c’est à moi qu’il sourit et je ne peux pas m’empêcher d’être à nouveau désagréable.

 

« - Salut Anya ! » Font-ils en cœur.

 

Je vois rouge d’un seul coup et Acrobate le sent. Il frappe de son sabot droit sur le sol. Il est aussi énervé que moi.

 

« - Il était temps que t’arrive Mél, le cours va commencer. »

 

Je n’arrive pas à le regarder droit dans les yeux et à lui dire « merci ». Je devrais mais je n’y arrive pas. Il reste là, à côté du boxe. Il me regarde finir de préparer Acrobate. Je n’ouvre pas la bouche. Au bout de quelques minutes interminables, tandis que Mél est dans le boxe de Nestor, j’entends Ben tourner les talons et s’en aller. L’espace d’un instant j’ai envie de lui courir après et de lui faire un grand sourire. Impossible. Je le revois en train de rigoler avec Mél et ça me crève le cœur. Faut toujours qu’elle soit partout celle là. Dire que je l’aide à retrouver son Louis. Pendant la reprise je ne lui adresse pas la parole. A chaque fois qu’elle me donne un conseil, comme elle sait si bien le faire, je ne lui réponds pas. Au bout d’un moment elle arrête. Avec Acrobate, c’est l’osmose. Il est en effet super sensible mais sa respiration est la mienne. Il me sent et moi aussi. Avec lui, je ne me déguise pas. Je crois que c’est ce qu’il apprécie. Si seulement on pouvait n’être que tous les deux sur cette carrière. Ben est revenu. Il nous observe, les bras et la tête posés sur la barrière, tandis que Léo continue son cours. Je sais qu’il me regarde monter son poney. Acrobate sent son œil sur nous. Il faut que j’arrête de penser à lui et que je me concentre. Samedi et le concours de Château Miel ne sont plus très loin. Soudain, j’entends sa voix qui me crie :

 

« - Il t’aime bien Anya ! Vous allez faire des miracles ensemble. »

 

Léo sourit. Moi aussi. Ma gorge se noue. Il est tellement gentil avec moi. Je prends sur moi et redresse la tête dans sa direction.

 

« - Merci Ben ! C’est grâce à toi. »

 

Mél me regarde et lève les yeux au ciel. « N’importe quoi ! ». Je crois que j’ai compris pourquoi elle était si violente tout à l’heure avec Acrobate. Ce n’est pas un tocard. En fait, Mél est jalouse que Ben puisse s’intéresser à moi. Pourvu que Louis lui envoie un email. Qu’elle me laisse tranquille. C’est dingue ces filles qui veulent que tous les garçons sans exception soient amoureux d’elle.

La leçon est terminée. Acrobate saute comme un dieu. Il est lourd mais à nous deux on ne fait qu’un. Il va se remuscler avec le temps et devenir le plus beau des poneys. Il est trempé. Quand je lui enlève la selle, son poil est tout sale en dessous. A la douche m’sieur !

Mél s’approche de moi tandis que je passe le tuyau sous le ventre de mon nouvel amour qui semble apprécier qu’on le chouchoute.

 

« - Qu’est-ce que t’as ce soir Anya ? T’es bizarre.

-       Rien…

-       Arrête.

-       J’aimerais juste que tu arrêtes de traiter mon partenaire de tocard, c’est tout.

-       C’est tout ?

-       Ouai.

-       Ok alors. Je ne dirai plus un mot sur ton poney. Mais j’ai du mal à croire que ce soit la seule raison. J’ai l’impression que t’es vraiment en colère contre moi.

-       Mais non… »

 

Je ne vais quand même pas lui dire qu’il ne faut plus quelle s’avise d’arriver, tout sourire, en compagnie de Ben.

 

« - Alors miss Acrobate ! Je crois que tu as trouvé celui qui te mènera à la victoire. C’est pas du tout cuit mais vous faites la paire, c’est déjà pas mal. Hein bel Acrobate.” 

Léo  a l’air contente de notre travail de ce soir. Elle caresse son protégé et part en direction de la maison.

 

« - Allez bonsoir les filles ! A Samedi pour un nouvel entraînement. Ce sera Esteban cette semaine. Tu viens Ben ?

-       J’arrive maman. »

 

En passant, il s’arrête à ma hauteur, très près d’Acrobate et de moi. Je sens le regard pesant de Mél sur nous.

 

« - Je sentais qu’entre tous les deux il se passerait quelque chose de fort. Je suis vraiment content que tu t’occupes de lui Anya. Comme ça, quand je ne serais pas là, je saurai qu’il est avec toi. Je penserai à vous deux de toutes mes forces pour que vous gagniez partout. 

-       Merci Ben. C’est gentil. Merci de me le prêter. Je sais que tu tiens beaucoup à lui.

-       Justement.

-       … »

 

Je ne sais vraiment plus quoi dire. Est-ce qu’il est toujours comme ça avec tout le monde ? J’ai quand même l’impression qu’il se passe quelque chose avec moi. Et qu’est-ce que j’ai à devenir rouge comme une tomate ? Heureusement il a déjà rejoint sa mère et nous fait signe de la main à Mél et à moi. L’espace d’un instant j’avais oublié Mél. Sur le chemin qui nous ramène à la grille, aucune d’entre nous ne parle. J’espère que Louis aura bien eu mon message.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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Jeudi 11 décembre 2008 4 11 /12 /Déc /2008 22:01

V

 

 

« - Ah la la, il est têtu comme une mûle ! Comment tu as pu choisir un tocard pareil ? J’y crois pas. Et Léo t’a laissé faire ?

-       Pourquoi tu dis que c’est un tocard ?

-       Parce que c’est avec lui que j’ai fais mon plus mauvais score de la saison l’année dernière.

-       Tu l’as monté ?

-       Une fois parce que Itaque et Nestor étaient hors course.

-       De toutes façons, on va vite savoir s’il est vraiment nul. Léo me le file pour le concours de Château Miel dans quinze jours.

-       Quinze jours pour t’habituer à lui ? Mais c’est rien du tout. Tu veux vraiment tout faire foirer toi ! 

-       Mais arrête de me parler comme ça, qu’est-ce que t’as ? C’est pas non plus la fin du monde. Si ça se trouve, on va bien s’entendre lui et moi.

-       Ben est d’accord ?

-       Tu connais Ben ?

-       Evidemment, ça fait 4 ans que je suis dans ce club, alors forcément…

-      

-       Quoi ?

-       Oui, il est d’accord. C’est lui qui me l’a proposé.

-       Ohhh… Ca cache quelque chose. Mais t’aurais dû m’en parler hier soir dans ton mail d’Acrobate, au lieu de me laisser ce message sans fin sur Ben. Aujourd’hui je suis sûre que Léo a déjà envoyé les couples à l’organisateur du concours de Château Miel et qu’elle ne pourra plus les changer.

-       C’est pas grave. Je garde Acrobate. Je suis sûre que c’est un signe ce qui s’est passé hier.

-       Un signe ? Mademoiselle croit aux signes maintenant ?

-       Oh ça va hein…

-       Mél Biogeat, Anya Sivret, vous vous taisez ou j’en mets une devant et l’autre au fond de la salle. C’est bien clair ? »

 

On peut jamais parler tranquillement dans ces salles de perm ! Du coup je lui fais un petit mot sur papier qu’on se fait passer en dessous de la table.

 

T’as des nouvelles de Louis ?

 

Elle me répond en faisant une grosse bulle avec son index et son pouce. Moi je ne pense qu’à une seule chose. Ce soir, je monte pour la première fois Acrobate. Pourvu que ça colle entre nous. Mél me fait un peu peur en me disant que c’est un tocard. Mais on n’a pas non plus le même tempérament ni les mêmes affinités avec les chevaux et les poneys de Léo. Nestor, par exemple, son chouchou, avec moi il est insupportable. Je la soupçonne même de l’avoir énervé le jour où elle a su que Léo voulait que je le monte en reprise. Avec elle, il est au doigt et à l’œil. Sous mes jambes, je ne le sens pas. Et lui sent que je ne le sens pas. Du coup, il me ballade et fait de moi ce qu’il veut, un peu comme Feu Follet. Alors qu’hier quand j’ai donné à manger à Acrobate, il y a eu quelque chose dans nos yeux. Je suis restée avec lui une bonne demi heure dans son boxe, à lui parler, lui dire ce que j’attendais de lui, lui raconter Lamotte Beuvron, les concours, mes rêves… C’est comme s’il m’avait écouté pendant tout ce temps. Quand je suis partie, il a hénni. J’ai pris ça comme un au-revoir et un signe. Et oui je me mets à y croire ! Mais chut… Mél ne doit pas le savoir.

Quand j’ai quitté les Sabots de Feu hier soir, Ben n’était toujours pas redescendu de son arbre. Je suis restée cinq minutes la tête en l’air en espérant qu’il sortirait la sienne de sa tanière, mais rien. Léo m’a fait signe au-revoir à travers la fenêtre et je suis repartie le cœur léger d’avoir trouvé un compagnon rien que pour moi, mais lourd de ne pas avoir su me montrer agréable avec un nouvel ami.

En rentrant, j’en ai parlé à ma mère. Je lui ai demandé pourquoi il fallait que je me méfie toujours des gens que je ne connais pas ? Pourquoi j’avais cette tendance à l’agressivité ? Elle n’avait pas la réponse. « Tu te protèges peut-être ? »

« - Pourquoi je me protégerais ?

-       Je ne sais pas moi. C’est peut-être ton cœur qui a peur. »

 

Et puis, elle a tourné les talons et a rejoint la cuisine, me plantant là, au milieu du couloir avec mon écharpe à moitié défaite et mon manteau pandouillant à mon bras. Mon cœur ? Alors là, si elle croit que j’ai que ça à faire de tomber amoureuse, elle se trompe !

 

« - Anya, tu rêvasses ou quoi ? Ca a sonné depuis deux bonnes minutes. Il faut que tu sortes d’ici parce que je ne vais pas te surveiller aussi pendant la récréation. »

 

Zut la pionne encore qui me prend en flagrant délit de flânerie. Dans ce domaine je fais du 20/20 !

 

« - J’y vais, j’y vais. »

 

Encore une heure de physique et à moi Acrobate. J’en peux plus d’attendre. Je regarde autour de moi. Mél a disparu. Je suis sûre qu’elle est en salle informatique en train de consulter ses mails. J’ai raison.

 

« - Alors ?

-       Une seconde !… Ah !

-       Quoi ? Ca y est il t’a répondu ? »

 

De : contact@clubbraiselacolombes.fr

A : melan95@folday.fr

 

Chère Mademoiselle,

 

De la part du club, je vous remercie de nous avoir prévenu. Nous en avons parlé à Louis Trémois et à Louis Stern, mais aucun des deux ne semblent avoir oublié une médaille à Lamotte Beuvron en juillet. En espérant que vous trouverez le malheureux vainqueur sans trophée très vite.

Bien cordialement.

Anita Cordial responsable du club de Braise la Colombe

 

« - Louis Tremois et Louis Stern ! Zut alors ! Comment savoir lequel des deux est le bon ? »

 

Mél semble d’un seul coup complètement perdue. Si près du but et encore deux nouveaux obstacles. Il n’y a pas un Louis mais deux, et en plus elle n’a pas obtenu leurs adresses emails respectives. Elle me regarde, la bouche un peu crispée. Les larmes ne sont pas bien loin. Je ne sais pas trop quoi dire. Elle se lève de son siège, prend son sac, comme un zombi, et sort de la salle informatique, le pas lourd et sans se retourner. Je la regarde s’éloigner sans chercher à la rattrapper. Il y a des moments dans la vie où on a besoin d’être un peu seul comme dirait maman, et je crois que pour Mél ça en est un. On se verra ce soir au manège de toutes façon. Elle monte tous les jeudis. Elle n’a même pas éteint l’ordinateur. Je m’assois pour fermer son compte. Le message est encore devant mes yeux. Si j’écrivais quelque chose à sa place ? Je suis sûre qu’il y a un moyen d’obtenir l’info. Je lève la tête au ciel pour trouver l’inspiration dans les néons de cette salle décidément affreuse, puis mon regard retourne sur l’écran tandis que mes mains se mettent à tapoter le clavier. Je dirige la souris vers Répondre et me mets à écrire à la place de Mél :

 

 

De : melan95@folday.fr

A : contact@clubbraiselacolombes.fr

 

Chère Anita Cordial,

Je vous remercie de m’avoir répondu si vite. Mais je crois vraiment que c’est Louis, celui qui est brun aux yeux marrons, qui a perdu cette médaille ce soir là. Peut-être ne s’en est-il pas rendu compte. Si vous voulez bien lui laisser mon email pour que nous en parlions. Je vous remercie d’avance.

Mélanie Biogeat

 

« -Salut Anya !

-       Ah salut Sarah ! Ca va ? »

 

Je ferme vite le compte de Mél afin que Sarah ne se rende compte de rien. Mon cœur bat vite. Depuis combien de temps est-elle dans mon dos ? Quel pot de colle !

 

« - La récré est déjà finie. Tu te mets à côté de moi en physique ?

-       Oui si tu veux. »

 

Pourquoi je suis toujours incappable de dire non quand j’ai envie de dire non ? C’est dingue ça. Cette fille m’agace comme c’est pas possible. Tout le monde la fuit et je suis la seule à devoir la supporter. J’ai envie de lui dire non, j’ai envie qu’elle m’oublie mais l’idée qu’elle soit toute seule me fait culpabiliser. Ca aussi, je dois en parler à maman…

 

 

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /Déc /2008 15:17

IV

 

 

 

 

De : melan95@folday.fr

A : contact@clubbraiselacolombes.fr

 

Objet : Open de France Poney

 

Ce message s’adresse à Louis, l’un de vos cavaliers présent à Lamotte Beuvron l'année dernière et âgé de 13 ans à peu près.

Je suis une cavalière des Sabots de Feu et notre tente n’était pas loin de la vôtre, même si moi j’y dormais pas à cause de mes parents.

Un soir, on a fait une fête et Louis et ses copains, nous ont rejoint pour chanter et raconter des histoires drôles J

J’ai retrouvé des lunettes et…

 

 

« - Mais c’est nul ça, puisqu’il portait pas de lunettes et que je le sais bien. Ca sent trop l’excuse !

-       Alors qu’est-ce que t’aurais bien pu retrouver ?

-       Je sais pas mais j’ai pas envie de passer pour une nunuche !

-       Je sais !

-       Quoi ?

-        Une médaille !

-        … Ah ouai… C’est pas bête ça ! Vas-y !

 

J’ai retrouvé une médaille

 

-       D’or, d’argent ou de bronze ?

-       On lui donne l’or !

-       Ok

 

une médaille d’or sur le sol après son départ. Au début, j’ai pensé que c’était à quelqu’un de mon club, mais après avoir fait le tour, ce n’est pas à nous. Si jamais vous avez l’email de Louis pour que je lui explique comment je l’ai retrouvée. C’est peut-être à lui… Je sais qu’il était très fort et qu’il a gagné plein de championnats et…

 

« - Arrête un peu !

-       Quoi ?

-       T’en fais beaucoup trop. Dis juste que c’est un de leurs bons élèves, c’est tout.

-       T’as qu’à l’écrire toi. Après tout c’est ton prince charmant, pas le mien.

-       Justement. T’écris mieux. »

 

Je sais qu’il fait parti de vos meilleurs cavaliers alors on ne sait jamais.

Merci monsieur, madame.

Mél Biogeat

 

« - Ca va là ?

-       Oui

-       Je fais « envoyer » ?

-       Attends deux secondes… Ok, vas-y ! »

 

Mél venait de juger bon d’envoyer ce message en croisant les doigts. Elle est un peu superstitieuse. Moi je trouve ça débile. Elle lit tous les horoscopes de tous les journaux et le moindre signe est interprété. Moi c’est tout l’inverse ! Je ne crois pas du tout à ça. Ma mère me dit de mettre de l’eau dans mon vin à ce sujet car beaucoup de filles aiment bien ça et peut-être est-ce intéressant aussi de savoir pourquoi. Bof… Je m’en fiche.

 

« - A mon tour maintenant !

-       A ton tour quoi ?

-       On s’occupe de mon problème maintenant. Je dois trouver un poney à ma mesure et je vais passer chez Léo. Tu viens avec moi ?

-       Je ne peux pas.

-       Ah… Pourquoi ?

-       Y’a mon parrain qui vient manger ce soir et il arrive tôt pour me voir.

-       Même dix minutes ?

-       Ma mère voudra pas, c’est sûr… Tu m’en veux ?

-       Non mais…

-       Quoi ?

-       J’aurais bien eu besoin de ton aide car je ne les connais pas tous.

-       Tu veux que je te note mes préférés ? Après c’est toi qui vois…

-       Ok. »

 

 

Munie de ma liste avec quatre noms dans l’ordre de préférence, je pars le cœur un peu lourd vers les Sabots de Feu. Elle a toujours un truc à faire Mél. Il y a toujours un événement plus important qui l’empêche de passer du temps avec moi. Sa vie est organisée comme du papier à musique. Jamais d’improvisation. A force, ça m’énerverait. J’espère que je vais pas devoir finir comme ça si je veux être dans les meilleures cavalières de mon club.

 

« - Salut. »

 

Je sursaute. Qui ose venir me déranger dans mes pensées ? Je tourne la tête sur le côté gauche. C’est de là qu’est venu le dérangement. Je ne reconnais pas cette tête en plus ! Un garçon ! Non mais il se prend pour qui celui là ?

 

« - Je te dérange ?

-       J’ai pas trop le temps de parler là.

-       Ah, tu vas au Sabots de feu ?

-       … »

 

Comment il peut savoir ça lui ? Je l’ai jamais vu.

 

-       T’inquiète, je suis le fils de Léo ! Et j’ai vu ta tête sur le trombinoscope dans le bureau à l’accueil.

-       T’es le fils de Léo ?… Benjamin, c’est ça ?

-       Ouai, enfin je préfère qu’on dise Ben… Elle t’a déjà parlé de moi ?

-       Bien sûr qu’elle parle de toi. A ton tour d’être bluffée hein ?

-       Je vis avec mon père en Bretagne.

-       Oui, je sais.

-       Ah… Bon… Tu vas aux Sabots alors ? C’est quoi ton prénom ?

-       Anya. Oui j’y vais. Je vais repérer les poneys. Il faut que je trouve celui qui va m’emmener à l’Open de France Poney cet été. Tu les connais bien les protégés de ta mère ?

-       Ouai pas mal.

-       Mais qu’est-ce que tu fais ici ? C’est pas les vacances ?

-       Si, en Bretagne c’est déjà les vacances. En plus, je suis dans un collège expérimental avec des horaires différents des tiens.

-       Ah ?

-       Oui, ils essaient de nous faire le programme sur les matinées et l’après midi, c’est sport, visite de villes, de musées, lecture, théâtre, pratique de l’anglais… Ces derniers temps leur grand truc, c’est le chinois. Remarque c’est pas idiot. Il paraît que ce genre de programme développe la culture générale et la curiosité.

-       T’es un surdoué ?

-       Hein ?

-       Ben oui, un surdoué. Ce sont ceux qu’on met dans des classes spéciales parce qu’ils sont trop forts. »

 

Il éclate de rire.

 

« - Ah non ! Moi, ce serait plutôt l’inverse. Je suis un surdoué en glandouillage te dirait ma mère. Leur seul moyen de faire de moi un élève correcte c’est de me mettre dans une école où c’est différent. Je suis un hyper actif incapable de me concentrer plus de dix minutes sur quelque chose. Du coup, faut que ça bouge, que ça change, que je prenne l’air… Et pour ça, cette école c’est ce qu’ils ont trouvé de mieux.

-       Tu crois que ça vient d’où ta maladie ?

-       C’est pas une maladie !

-       Ah pardon…

-       … »

 

Il sent qu’il a été un peu dur alors il me sourit. Il est plutôt sympa Ben. Il a un beau regard vert aussi. La grille des Sabots de Feu n’est plus qu’à quelques mètres.

 

« - Léo va être surprise de nous voir arriver ensemble.

-       Elle va être surprise de me voir tout court.

-       Pourquoi ? Elle sait pas que t’es là ?

-       Non mon père m’a déposé chez ma grand mère y’a une heure. Je n’ai pas encore vu ma mère.

-       Comment t’as fait pour la photo du trombinoscope alors ? »

 

Il devient rouge comme une tomate. Et du coup, moi aussi. C’est gênant.

 

« - Euh, je l’avais vue la dernière fois que je suis venu.

-       Et tu t’en souvenais ?

-      

-       Pour quelqu’un qui sait pas se concentrer, t’as une sacrée mémoire. »

 

On n’arrive plus à se dire un seul mot. C’est la première fois que je me retrouve devant un garçon qui a l’air de me trouver jolie. Je me sens toute bizarre. Heureusement Léo nous a vus à travers les vitres de son bureau et elle sort à la rencontre de son fils. Il lui manque beaucoup durant l’année. Mais vu que c’est elle qui a voulu divorcer pour un autre amour qui n’a pas duré, le père de Ben a tenu à ce qu’il reste chez eux en Bretagne où ils avaient leur maison. Quand Léo a divorcé, elle est revenue où habite sa mère, ici, dans le Berry et elle a ouvert les Sabots de Feu. Ca doit pas toujours être très facile pour Ben, ni pour Léo d’ailleurs.

 

« - Tu as fait la connaissance d’Anya ? Salut Anya. Tu reviens bien vite. Ce n’est pas lundi prochain ton cours ?

-       Si, mais il va falloir qu’on change les choses Léo.

-       Ah, et pourquoi madame je vous prie ?

-       Parce que mes parents veulent que je m’entraîne à devenir votre meilleure cavalière pour partir à L’Open de France Poney en juillet.

-       A la bonne heure ! »

 

Ben vient en renfort, sans que je ne lui demande rien.

 

« - Elle a besoin de ton meilleur poney maman ! Si je lui présentais Acrobate ?

-       C’est pas la peine Ben. » Je sors la liste de Mél. « Il faut que j’aille voir Clarinette, Belle, Albator et Voleur, c’est ceux qu’on m’a recommandés. Acrobate n’est pas dessus. »

 

Je ne sais pas ce que je viens de dire de mal, mais Ben se retourne vers moi brutalement. Ses yeux brillent comme s’il allait pleurer et il part soudainement je ne sais où, aux pas de course.

 

« - J’ai dit une bêtise ? »

 

Léo me regarde, avec un petit sourire complice.

 

« - Je crois que tu plaîs à mon Ben. Acrobate n’est pas un poney comme les autres ici. Personne ne le monte, sauf Esteban ou moi pour le dérouiller, je ne sais pas si tu l’as remarqué. Acrobate est le chouchou de Ben depuis qu’il a 7 ans. Je crois que tu l’as vexé.

-       C’est le sien ?

-       Non. Il appartient à un propriétaire breton qui ne vient jamais, mais Ben et lui, ça a tout de suite été une histoire d’amour. Du coup, c’est un peu comme le sien.

-       Je savais pas…

-       Tu pouvais pas savoir… Je lui parlerai, t’en fais pas.

-       Je peux aller le voir ?

-       Il est à trois boxes de Feu Follet sur la gauche. Il est tout blanc, costaud et a l’œil alerte. Je vais essayer de récupérer Ben. Je crois savoir où il est.

-       Où ça ?

-       Dans sa cabane. »

 

Elle me montre un arbre géant, et tout là haut je distingue une petite cabane en bois. Je ne l’avais jamais remarquée.

 

« - C’est lui qui l’a construite. Quand il a envie d’être seul c’est là haut qu’il monte. »

 

Je ne sais pas quoi dire. Je me sens un peu bête d’avoir provoqué cette bouderie. Moi aussi ça m’aurait vexée si j’avais été lui. Et puis ça me gêne aussi vis à vis de Léo qui est si gentille avec moi depuis que je suis arrivée aux Sabots de Feu.

 

« - Vas y Anya. File voir Acrobate. Je m’occupe de Ben. »

 

Mon cœur bat bizarrement fort. Est-ce parce que je me sens mal à l’aise de cette situation ? Parce que je vais peut-être rencontrer celui avec lequel je vais remporter toutes mes médailles ? Parce que Ben provoque en moi des sensations que je ne connaissais pas ? Je crois que c’est tout ça en même temps. Si Mél avait été là ça n’aurait pas été pareil. C’est bien qu’elle ne soit pas venue. Mais j’ai hâte de tout lui raconter par mail.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /Nov /2008 20:41

C'est fou parfois comme on se fait un film des choses alors qu’elles sont beaucoup plus simples qu’on ne le pense. Hier soir j’ai pris mon courage à deux mains, j’ai demandé à mes parents de se réunir avec moi dans le salon pendant que mon frère jouait encore dans sa chambre avant de dîner, j’ai pris mon air très sérieux et déterminé et je me suis lancée. Ils étaient tellement inquiets à l’idée de ce que j’allais leur annoncer qu’ils se sont dégonflés comme des baudruches en entendant ma « requête ».

 

« - Ah c’est ça ! » a dit maman en s’asseyant de tout son poids sur le canapé.

-       Tu sais que tu nous a fait peur avec ta mise en scène de réunion urgente » A rajouté papa.

-       Ah  bon ? Mais…

-       Tu as bien fait en tout cas. C’est quelque chose de très important à tes yeux et tu lui accordes la place que demande toute passion. »

 

Pendant que maman partait dans ses remarques judicieuses mais très embêtantes de psychologue, papa se frottait le menton en posture de réflexion comme à son habitude. Quand papa se frotte le menton en regardant parterre, les yeux dans le vague, c’est que ce qu’on vient de lui dire mérite qu’on s’y attarde. Plutôt bon signe pour ma petite pomme donc. Il y a eu un long silence. Maman et moi regardions papa en attendant de boire les paroles qui allaient sortir de sa bouche. Et puis il a relevé la tête, signe que ça n’allait pas tarder à arriver. Nous avons toutes deux retenu notre souffle.

 

« - Si c’est vraiment ce que tu veux et que cela compte pour toi…

-       Oui oui, ça compte beaucoup pour moi ! » me suis-je empressée de confirmer

-       Il va falloir que tu t’investisses correctement dans l’aventure. Cela signifie donc que… »

 

Je sentais que nous en étions arrivés au moment du « contrat ». A savoir que j’obtenais ce que je désirais en échange d’un vrai engagement et surtout d’une ligne de conduite exemplaire aussi bien au collège que sur mon bulletin et à la maison. Et en effet :

 

« - ... Cela signifie donc que tu vas devoir aller à ton club deux à trois fois par semaine pour t’entraîner et participer à des concours le week end. Fini donc les nuits passées chez les copines, les soirées à traîner devant la télé et les heures de permanence passées à discuter. Si c’est vraiment ce que tu désires au plus profond de toi Anya il va falloir en passer par certains sacrifices et t’imposer une vraie discipline. Le sport de compétition demande de la rigueur.

-       Oui,mais il ne faudra pas non plus que tu oublies de te changer les idées mon petit chat…

-       Ca aussi, ça fait parti de la discipline. Tu devras t’imposer des moments où tu penseras à autre chose qu’au collège et au concours afin de t’aérer et de mieux repartir après.

-       C’est bien que tu t’investisses comme ça ma puce. On est fiers de toi. »

 

Papa m’a ébourrifée les cheveux. Maman m’a embrassée. Et ils ont appelé mon frère pour passer à table.

 

Je retourne tout ça dans ma tête depuis tout à l’heure. J’arrive pas à dormir tellement je suis excitée comme une puce. Si je m’attendais à ça ! Ils sont quand même trop cools mes parents. Avec Mél on a tchatché par MSN pendant une heure. On va pouvoir s’entraîner ensemble. Elle, au concours complet, moi, au CSO. On va se motiver l’une l’autre. L’idée c’est qu’on s’aide aussi dans les devoirs pour pas perdre de temps et être sûres d’avoir l’appui des parents jusqu’au bout. Elle, ça va, parce que sa mère est cavalière depuis toujours et elle estime que ça fait parti de l’éducation de sa fille, mais moi, faut que je sois sûre de ramener des bulletins impeccables. Mél est bonne en maths, physique et biologie, moi je suis bonne en langues, en français et en histoire géo. A nous deux, on devrait casser la baraque. Encore cinq mois avant l’Open de France Poney. C’est trop long cinq mois. Mes yeux se ferment. Il faut que je trouve mon compagnon de route. Demain après midi, après l’email fait à Louis avec Mél, j’irai aux Sabots de Feu faire connaissance avec tous leurs poneys. Il y en a bien un qui est fait pour moi et avec lequel on formera le couple indestructible.

 

 

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 13:09

 

Les naseaux crachent de la fumée. Il fait froid mais le corps de mon cheval me réchauffe. Il a galopé et il dégage une énergie de feu. Nous sommes sur une énorme plage toute blanche. La mer est loin au fond. Ca y est, c’est notre tour. Je mets mon dossart tandis que le haut parleur crie mon nom et le numéro de mon cheval. Il pourrait donner son nom quand même. Je ne le connais pas moi même. Bizarre. Les barres sont de plus en plus hautes. J’entends des applaudissements à travers la brume mais je ne vois personne. Et puis Esteban arrive avec Léo. Ils me sourient puis s’embrassent sur la bouche. Ahhh ! Ca alors ? Je savais pas qu’ils étaient ensemble ? Mél éclate de rire. « Sort de là Anya. Enlève le coton de ton cheval. Ce n’est plus un poulain ! » Et j’entends la voix de ma mère au loin. On dirait qu’elle vient me chercher.

 

« - Anya, ma chérie…. Réveille toi… Ton réveil n’a pas sonné. Tu vas être en retard au collège…Mon petit cœur. »

 

Mon cheval disparaît sous mes jambes. Je tombe. Et me réveille, complètement éberluée et la tête super grognon. Ma mère me sourit.

 

« - Ton petit déjeuner est prêt ma puce. Dépêche toi un peu, tu as déjà un bon quart d’heure de retard. Le bus ne va pas t’attendre ! »

 

J’ai vraiment du mal à émerger. Je m’étire de toutes mes jambes et de tous mes bras.

 

« - Maman ?

-       Oui mon cœur.

-       J’étais en train de rêver que j’avais un cheval à moi. Tu crois qu’il y a des rêves qui se réalisent parfois. »

 

Elle sourit.

 

« - Quelle malice mon ange… Peut-être que parfois les rêves se réalisent. En attendant, ta journée risque de virer au cauchemar si tu ne bouges pas tes petites fesses de ta couette toute chaude. Allez ouste ! »

 

Ronchon, je m’en vais dans la salle de bain. Comme dit toujours mon père, je ne suis pas de bonne compagnie avant 10 heures du matin au moins. J’aime pas quand il dit ça mais je pense qu’il a raison. D’autant plus qu’il est pareil que moi. On ne se voit pas souvent avec mon père. Il voyage beaucoup pour son travail. Il achète des tissus pour un grand magasin et il va les chercher en Asie et en Amérique du Sud. Il m’a promis qu’il m’emmènerait quand je serai plus grande. Notre maison ressemble à un palais des Mille et Une Nuits du coup. Il ramène plein de déco et maman adore ça. Sans compter qu’il nous fait la cuisine de là bas les rares dimanches où il est là. C’est le top ! Moi, celle que je préfère c’est la cuisine thaïlandaise. Au collège les copines me regardent bizarre quand je leur dis que j’ai mangé indien, sri lankais, brésilien, argentin. Chinois, c’est un peu plus courant.

Maman adore sa cuisine, mais quand il débarque c’est un véritable ouragan dans les casseroles. Elle ne dit plus rien. Mais je vois bien à sa tête que l’idée de passer derrière pour tout ranger le dimanche après midi ne l’enchante guère. Elle a pris l’habitude maintenant. Ca fait 13 ans qu’ils se connaissent mes parents et comme elle dit « quand on aime vraiment on apprend à vivre avec les défauts de l’autre. Et même si on ne les accepterait pas de la part d’une autre personne, on les accepte pour sa moitié. » Je crois que le rangement de la cuisine après le passage de papa est un bon exemple.

Ma mère est psychologue. Elle bossait dans un magazine quand on était encore à Paris. Mais elle a décidé y’a quatre ans de reprendre ses études et de devenir psychologue spécialisée dans l’enfance. Aujourd’hui, elle a son cabinet à la maison et elle commence à avoir des clients. Elle écrit des articles aussi. Parfois je crois que c’est dur pour elle d’attendre que ça marche. Mais elle est pas du genre à se plaindre. Elle est plutôt cool ma maman. Autoritaire sur l’école et la discipline en général mais pas chiante sur les choses difficiles de la vie. Je la trouve chouette. Sauf quand elle me scrute du plus profond de son regard. J’ai toujours peur que la psychologue ne voit mes secrets. Ca, j’aime pas. J’arrive pas à savoir si elle voit tout. Je ne peux pas lui demander, sinon elle se doutera forcément de quelque chose.

Cela dit, j’aimerais bien qu’elle voit que j’ai envie de partir début juillet avec ma bande de copains du club. Il faut que j’arrive à lui en parler. Parce que pour se faire sélectionner je dois faire un certain nombre de points et pour ça je dois participer à des concours. Ce n’est pas avec mon petit cours de manège par semaine que je vais finir par obtenir mes 200 points. Je dois faire entre 120 et 300 minimum. Je ne vise pas plus haut pour le moment. Ca sert à rien je ne suis pas encore assez forte pour prétendre aux belles places des prix Elite ou des Grands Prix. J’ai passé une heure sur le site de la fédé hier pour comprendre comment ça marchait. C’est bizarre, si tous les maths consistaient à savoir comment calculer ses points de CSO, ils deviendraient limpides et je serais première dans la matière !

Oh zut ! Il est déjà 8h20. A peine le temps d’enfourcher mon vélo et d’attérir en classe d’espagnol avec le Dragon. On l’appelle comme ça parce qu’elle rentre toujours comme une tornade et part au bout de la classe quasi en courant pour ouvrir les fenêtres en grand, été comme hiver. Quand elle parle, c’est toujours en espagnol et très fort, façon Castafiore. Elle me fait peur mais elle m’aime bien. Drôle de dame. Je suis sûre qu’elle aime le tempérament des chevaux.

Tandis qu’elle nous entraîne dans les méandres du subjonctif passé du castellano, ma tête s’éloigne de la classe et retrouve cette fameuse plage avec la brume et les obstacles. C’est décidé, ce soir je parle à mes parents. Pourvu que mon père ne rentre pas trop tard de son boulot aujourd’hui. Le reste de la journée va me paraître trop long. Heureusement, j’ai perm dans deux heures et Mél aussi. On va pouvoir parler de nos projets d’été : championnes de France à Lamotte Beuvron avec Louis et Esteban. Whaouuu !

 

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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Mercredi 12 novembre 2008 3 12 /11 /Nov /2008 14:39

 

 

 

-       Tu verras c’est trop de la balle !”

 

Avec son côté toujours enthousiaste et désinvolte, Mél me raconte la semaine qu’elle a passé à Lamotte Beuvron en juillet avec son poney Itaque. Elle vient de mettre pied à terre, remonte ses étriers, et moi je l’écoute du haut de mon cheval Luz. Mél est devenue une copine mais sa façon de toujours tout savoir sur tout et d’avoir déjà tout vécu m’agace. Sans parler du fait qu’elle est svelte et grande alors que moi je rentre davantage dans la catégorie qu’on appelle communément et peu gracieusement un « boudin ». Ma mère passe son temps à me dire qu’un régime c’est idiot à mon âge, qu’il vaut mieux que je continue le sport et que le jour de mes 20 ans, muslée et mince, je la remercierais. Mouai… En attendant je suis trop grosse et ma culotte de cheval ne fait qu’en rajouter. Heureusement, mes fesses posées dans la selle, on n’y voit plus que du feu.
 

Esteban, notre moniteur vient de prendre quelques minutes, après la reprise de manège, pour nous expliquer les étapes de la sélection qui peuvent nous emmener tout droit à l’Open de France Poney en Sologne l’été prochain. C’est lui qui emmène les meilleurs sur place pendant neuf jours. Neufs jours entiers avec Esteban ! Whaou… Laquelle d’entre nous n’en a pas rêvé ? Avec son énorme sourire et sa façon de nous rassurer, ses épaules de Viking et sa chevelure à la Aragorn dans le Seigneur des Anneaux, je n’en peux plus de craquer pour mon moniteur. Evidemment il a une chérie top canon et il est trop vieux pour nous. N’empêche, on a le droit de rêver non ?

Vous allez vous dire que je monte à cheval uniquement parce que Luz cache mes fesses et que mon entraîneur est beau. Certes, ça motive c’est sûr. Mais non ce n’est pas l’unique raison.

En fait, je ne sais pas trop d’où me vient cette passion. Dans ma famille personne ne monte à cheval. Mes parents ont dû monter une fois ou deux lors de vacances au Maghreb, mon frère a une peur bleue de monter sur un être vivant capable de le balancer à terre quand il l’aura décidé. Et moi, j’ai décidé qu’entre cet animal et moi il y avait une vraie communication, un lien. Y’a des fois, entre mes rêves de Californie et ma folie du cheval, je me demande si je n’ai pas vécu une vie de pionnière de l’Ouest, une vie de chercheuse d’or au siècle dernier. Entre lui et moi c’est de la télépathie. Et puis il est si beau, si majestueux, quelle classe ! Y’en a qui rêve d’être un oiseau et de pouvoir voler, moi c’est de galoper à l’assault des espaces déserts et de sentir le vent me balayer le visage. Ne plus penser à rien qu’à avancer et ne faire qu’un avec mon cheval. Dans ces moments là je ressens des sensations que je ne pourrais pas expliquer. Comme si le monde pouvait s’écrouler autour de moi. Plus rien d’autre n’existe, et encore moins les soucis. Les devoirs volent en éclat, ma prof de dessin n’est plus qu’une esquisse et la géométrie n’a plus aucune raison d’être. A cheval, je suis moi. Pas de déguisement, que du vrai, sinon ils le sentent, baissent les oreilles et me font tourner en bourrique.

J’ai mis du temps avant de trouver celui qui me correspond. Je suis arrivée au manège des Sabots de Feu il y a bientôt deux mois, quand nous avons déménagé. Je viens d’une grande ville à l’origine, mais mon père voulait absolument partir à la campagne, alors on a tous suivi, plutôt contents d’ailleurs. Surtout lorsque mes parents m’ont dit que je pourrais monter plus qu’avant et peut-être avoir mon cheval un jour. J’ai compté les jours avant de déménager. Le manège est à quelques minutes de chez moi et parfois j’y vais à pieds. Alors qu’avant, c’est ma grand mère qui devait m’emmener et ça prenait au moins une demi heure, en voiture en plus. J’ai tout de suite aimé les Sabots de Feu. Eléonore, la propriétaire, m’a accueillie avec un grand sourire et m’a dit d’aller voir les chevaux aux écuries. Après mon petit tour, elle m’a dit « Tu prends celui qui t’inspire confiance ». Parfois il ne faut pas se fier à son instinct, ou alors je ne le fais pas assez, parce que j’ai choisi « Feu Follet ». Un grand cheval de selle français baie avec une longue crinière et des yeux tout mouillés. Dans son boxe, je l’avais trouvé beau, gentil, demandant la caresse. Il m’a bien eue ! Il porte bien son nom. Une fois dans le manège il n’a pas arrêté de m’en faire voir de toutes les couleurs. Et je ne supporte pas que les autres me passent devant, et j’aime bien coller les autres chevaux, et je rue quand ça me chante, et je ne ralentis jamais parce que j’ai trop envie de courir, et je préfère te taper les fesses au trot plutôt que de t’emmener au galop, et je ne veux pas aller au pas et encore moins m’arrêter, et mes figures ne ressemblent à rien… Bref, il s’est fait une grande joie de me donner la honte devant mes nouveaux compagnons de manège. Ah ça, la « nouvelle », elle n’est pas passée inaperçue !

 

« - Tu t’appelles comment ? »

-       Anya. Et toi ?

-       Mélanie, mais j’aime pas, ça fait trop « nini », trop « nunuche » alors tout le monde dit « Mél ».

-       Moi, Anya c’est le diminutif d’Anastasya. En français les gens prononcent pas comme ma mère voudrait : « Anastasssiiiia », ils disent « Anastazia », du coup on a tranché et c’est plus simple comme ça.

-       C’est jolie Anya. Mais t’es russe ou un truc comme ça ?

-       Oui, ma maman. D’origine. Enfin, le père de ma grand-mère était russe. »

 

J’étais en train de défaire la selle dans le boxe de Feu Follet quand elle avait passé sa tête à l’intérieur. C’est comme ça qu’on est devenues copines toutes les deux. J’allais pas tarder à découvrir que nous étions dans le même collège. J’étais en 6ème B, et elle en D.

 

« - Tu sais Feu Follet, il est beau mais vaut mieux l’avoir en peinture que sous ses jambes ! »

 

Elle parle comme ça Mél, avec sa façon à elle de trouver des images pour dire les choses. Elle a confiance en elle et dit toujours ce qu’elle pense, y compris à Esteban quand elle en a marre. Même si, comme moi, elle est amoureuse de lui en secret.

 

« - Tu l’as déjà monté ? 

-       Ouai, j’ai fait comme toi, le premier jour. Léo m’a dit de prendre celui qui m’inspirait et hop je l’ai pris lui ! Il sait comment y faire, c’est un grand comédien. Il est quand même sympa même s’il est chiant en manège. Une fois je l’ai monté en concours. Il a bien la pêche. Il m’a fait gagner.

-       Ah oui ! C’était quoi comme concours ?

-       Du concours complet… Hein mon Feu Follet »

 

Elle lui fait un bisou sur le museau.

 

« - Il adore qu’on le caresse à cet endroit. Et moi j’aime bien aussi. C’est tout chaud. Il faut savoir lui parler.

-       Je ne suis pas très autoritaire, moi…

-       C’est pas grave. Y’en a plein d’autres des chevaux ici. Tu finiras bien par trouver le tiens.

-       Toi, t’as trouvé ?

-       Oui, Nestor. Le gris sur lequel j’étais tout à l’heure. C’est un poney connémara.

-       Un poney ?

-       Oui.

-       Peut-être que je dois prendre un poney aussi alors ?

-       Tu verras bien, mais si j’étais toi c’est ce que je ferais, comme ça tu pourrais venir aux Championnats de France cet été. J’te laisse, y’a ma mère dans la voiture vert caca là bas. A la prochaine ! »

 

Elle est partie en courant, me laissant plantée là avec ma brosse et un Feu Follet bien décidé à me manger ma crinière de cheveux noirs si je ne me décidais pas à lui frotter l’encolure.

 

Depuis ce jour, on se donne rendez-vous à la grille au bout de l’allée qui conduit aux écuries et on s’attend l’une l’autre avant de rejoindre Léo dans le bureau. Mél vient deux fois par semaine, moi seulement une fois, et ça me met en rogne. Mais maman dit qu’avec une nouvelle vie, la rentrée au collège et tout, il vaut mieux y aller mollo. Si ça marche cette année je pourrais venir passer plus de temps aux Sabots de Feu l’année prochaine. Léo m’a d’ailleurs proposée un stage durant les grandes vacances. Je viens les aider à s’occuper des chevaux pendant quinze jours et je monte tant que je veux. J’en rêve la nuit. Pour le moment c’est secret. J’ai pas encore osé en parler, car la semaine dernière mes parents ont reçu un bulletin pas folichon folichon. J’ai eu un 5/20 en géométrie et ma moyenne de math est catastrophique. Je déteste la géométrie, je trouve ça débile et inutile. Du coup, je préfère attendre que la tempête se calme. Si je choisis bien mon moment, « ma requête », comme ils appellent ça, devrait passer. Quinze jours où ils n’auront pas à se demander ce que je vais faire de mes journées d’été, ça devrait les soulager. Sans parler des dix jours début juillet à Lamotte Beuvron pour l’Open de France. Si seulement…

 

On est rentrées aux écuries avec les chevaux et poneys. Mél continue sur sa lancée tandis qu’Esteban quitte le manège en nous faisant signe au-revoir avec ses bras.

 

« - En fait, il faut que tu sois sélectionnée dans les meilleurs ici. Il y a des concours qui permettent d’être choisi ou non. Il faut faire un certain nombre de points. Léo a les barêmes je crois. Moi perso, je suis grave motivée alors ça marche. L’année dernière j’étais tellement à cran pour y aller que j’ai même été meilleure en prépa que là-bas. Ca, c’est un peu nul mais bon…

-       Comment tu fais pour aller là bas ?

-       T’y vas en voiture avec tes parents, ou alors tu choisis l’option groupe et tu pars avec Esteban en camionnette avec les chevaux. Si tu fais ça alors que moi je me tape les parents et la petite sœur et son shetland en prime, je te crève les yeux ! »

 

A ces mots j’éclate de rire.

 

« - Si tu crois que mes parents vont me laisser partir toute seule avec des poneys et Esteban, tu rêves éveillée ma vieille !

-       On ne sait jamais. Mais c’est quand même du délire. Parce que ceux pour lesquels ça arrive - parce que ça arrive, et oui il faut te préparer à vivre des heures de jalousie intense – ils partent en camping en plus !

-       En camping !

-       Et ouai.

-       Mais mes parents ne me laisseront jamais y aller.

-       Pareil ! C’est pour ça qu’ils viennent toujours avec moi. L’idée que je sois sous une tente alors qu’il pleut et qu’il vente, ça les déprimerait trop.

-       Ca doit être trop bien…

-       Ca oui… Moi je dormais dans une chambre avec ma sœur dans une résidence en pleine nature. Remarque, c’est cool aussi parce qu’il y a plein de participants comme nous. C’est bien la teuf quand même. Faut juste savoir ruser avec les parents.

-       Comment ça ?

-       Y’a plein d’activités, t’as même une énorme piscine, alors après les compét’ tu donnes rencart aux autres et hop dans les toboggans. Je me suis fait plein d’amis l’année dernière. Ils seront là cette année encore, je te les présente si tu veux.

-       Et les autres en camping, ils font quoi ?

-       Ben la fête aussi. Y’a un soir où j’ai eu le droit de les rejoindre parce que mes parents dînaient chez des amis à eux dans la région. Ils ont emmené ma sœur et moi j’ai eu la paix pendant trois heures. Le pied ! Esteban jouait de la guitare. Mathieu et Lisa chantait. Léo était là ce soir là aussi. On a bien rit. On s’est raconté des histoires drôles et à force de rire y’a les voisins de tentes des autres club qui nous ont rejoints. Et… »

 

Soudain elle se tait. Son regard part dans le vide, songeuse, elle sourit tout en dessellant Itaque qui transpire de tout ses poils. Je suis debout accoudée à la porte de son boxe, me met à rêver de camping, de feu de camp, de bande de copains en été sous les étoiles.

 

« - Quoi ?

-      

-       Allez quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?

-       Ben disons que ce soir là y’avait un garçon…

-       Et…

-       Ben rien.

-       Quoi rien ?

-       Il était super beau et…

-       Et…

-       On s’est regardés, on a rigolé.

-       Il était amoureux de toi.

-       Ben non !

-       Toi alors ?

-      

-       Allez ! Il était comment ?

-       Brun avec des yeux noirs brillants.

-       Quel âge ?

-       13 ans je crois. Je sais pas en fait.

-       Vous avez parlé ?

-       Non.

-       Non ! Ben alors qu’est-ce qui s’est passé ?

-       Rien.

-       Rien !

-       Non. J’ai pas réussi à lui parler. Il me souriait mais c’est tout. Tout ce que je sais c’est qu’il s’appelle Louis.

-       C’est tout ?

-       Oui…Ca fait des mois que je pense à lui.

-       Tu l’as revu après cette soirée.

-       Oui, mais on s’est juste croisés à une remise des prix. Il s’est retourné vers moi, m’a fait un grand sourire et puis il est parti avec ses copains en rigolant et voilà.

-       Il était dans quel club ? Tu le sais ça au moins ?

-       Oui. J’ai demandé à ceux de notre club qui campaient. Ils m’ont dit qu’il était du Club de Braise la Colombe dans l’Aisne.

-       C’est où l’Aisne ?

-       Dans le Nord. Je suis allée voir sur Internet.

-       C’est pas à côté !

-       … Si seulement il pouvait revenir cette année. Je serais moins timide.

-       Pourquoi t’envoie pas un mail au club ?

-       Ah ouai ! Bonne idée ! Mais qu’est-ce que je pourrais bien leur dire ? « Bonjour monsieur, je suis amoureuse de votre élève Louis le brun aux yeux noirs et j’aimerais savoir s’il participera cette année aux Championnats de l’Open de France Poneys ».

 

J’éclate de rire. Mél en fait autant.

 

Je la rassure

« - On va trouver quelque chose t’inquiète

-       On le fait ensemble alors ?

-       Oui. Mercredi après midi tu peux ?

-       Après mon horrible cours de solfège à quatre heures.

-       Tu fais du solfège ? »

 

Elle me répond par une grimace et imite un joueur de violon fou. Qu’est-ce qu’elle est est drôle par moment.

 

- Ok alors, après ton horrible cours de solfège chez toi.

-       Ok, on fait ça. Faut que je me dépêche, ma mère me fait des signes depuis tout à l’heure. Elle est dans le bureau de Léo. Je te laisse Anya. Tu racontes ça à personne hein ? »

 

En guise de réponse, je la regarde s’éloigner avec sa selle dans les mains et passe la mienne sur ma bouche comme s’il y avait un zip. Puis je lui fais signe. « Bye ».

 

 

Par Lili Merveilles - Publié dans : Acrobate, mon cheval 9-13 ans
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